ANGÉLIQUE, LUCIDOR, FRONTIN, LISETTE
LISETTE
En vérité, mademoiselle, on ne saurait vous excuser. Attendez-vous qu'il vienne un prince?
FRONTIN
Sans vanité, voici mon apprentissage en fait de refus; Je ne connaissais pas cet alTront-là.
LTJCIDOR.
Vous savez, belle Angélique, que je vous ai d'abord consultée sur ce mariage; je n'y ai pensé que par zèle pour vous, et vous m'en avez paru satisfaite.
ANGELIQUE
Oui, monsieur, votre zèle est admirable, c'est la plus belle chose du monde; j'ai tort; je suis une étourdie; mais laissez-^ moi dire. A cette neure que ma mère n'y est plus, et que je suis un peu plus hardie, il est juste que je parte à mon tour,' Et je commence par vous, Lisette : c'est que je vous prie de vous taire, entendez-vous?Il n'y a rien ici qui vous regarde:! quand il vous viendra un naari, vous en ferez ce qu'il vous
Slaira, sans que je vous en demande compte, et Je ne vous irai point sottement ni que vous êtes née coiffée, ni que vous êtes trop heureuse, ni que vous attendez un prince, ni d'autres propos aussi ridicules que vous m'avez tenus sans savoir ni quoi ni qu'est-ce.
FRONTIN
Sur sa part, je devine la mienne.
ANGÉLIQUE
La vôtre est toute prêle, monsieur. Vous êtes honnête homme, n'est-ce pas?
FRONTIN
C'est en quoi je brille.
ANGÉLIQUE
Vous ne voudrez pas causer du chagrin à une fille qui ne vous a jamais fait de mal : cela serait dÊÊdl et barbare.
Je suis l'homme du monde le plus humain; vos pareilles en ont mille preuves.
ANGÉLIQUE
C'est bien fait* je vous dirai donc, monsieur, que je serais mortifiée s'il fallait vous aimer; le cœur me le dit, on sent cela; non que vous ne soyez fort aimable, pourvu que ce ne soit pas moi qui vous aime : je ne finirai point de vous louer quand ce sera pour une autre. Je vous prie de prendre en bonne part tout ce que je vous dis là, j'y vais de tout mon cœur; ce n'est pas moi qui ai été vous chercher une fois ; je ne songeais pas à vous; et, si je l'avais pu, il ne m'en aurait
Sas plus coûté de vous crier : c Ne venez pas, i que de vous ire : t AUez-vous-en. i
FRONTIN
Gomme vous me le dites.
ANGÉLIQUE
Ohl sans doute, et le plus tôt sera le mieux. Mais que vous
tro THÊ ATirE VE MARIVAUX.
importe? Vous ne manquecez pas de filles; quand on est •riche, onenalaiU qu'on veut, a ce qu'on dit, au Jieu.due . nalnrellaoïent je nlaime pas l'argent; j'aimerais mieux en donner que d'en prenidse; c'est là mon humeui:.
:«&ONVIIi.
ifill^eat bien oppotéeà la iBieane.AqueUe.bei»e voidez- •«Dus que je parle?
Tous êtes bien hoimiftte : quand 11 «vousiplaire; je ne vous retiens point. 11 est tard à 'cette heure; mais il fera beau demain.
FRONTm, à Lncidor.
Mon ^rand ami, voilà œ.qu'on cippelle un oonjg^é bien cobiditionne; et je le reçois fiauf vos conseils qui me régledront là-'dessus cependant. .Ainsi, ;beUô iiigratci, je.diiuèie encore mes derniers adieux.
Quoil monsieur, ce n'^t jms fait? Paidij vous avez bon courage I (a Lacidor.) Yotro ami n'a guère de cœur; il me demande a quelle heure il partira, et il reste.