‹ Théatre (volume 2)Chapitre 23 sur 166 · SCÈNE VIII LA MARQUISE, LE CHEVALIER · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII LA MARQUISE, LE CHEVALIER

Pour VOUS, chevalier, j'ai encore un mot à vous dire avant notre lecture; il s'agit d un petit éclaircissement qui ne vous regarde point, qui ne touche que moi, et je vous demande en grace de me répondre avec la dernière naïveté sur la question que je vais vous faire.

LE CHEVALIER

Yoyons, madame, je vous écoute. •

LA MARQUISE

Le comte m'aime, je viens de le savoir, et je l'ignorais.

LE CHEVALIER, ironiquement.

Yoii&rigiioriezl

LA MARQUISE

le dis la vérité, ne m'interrompez* point.

LE CHEVALIER

Cette vérité-là est singulière.

LA UARQUISE.

Je n'y saurais que faire; elle ne laisse pas que d'être : il est permis aux gens de mauvaise humeur de la trouver comme ils voudront.

LE GHEVALISR.

Je vous demande pardon d'avoir dit ce que- j'en^Tense : continuons.

LA MARQUISE, impatiente.

Vous m'impatientez. Aviez-vQusxet esprit-là avec Angélique? Elle aurait dû ne vous aimer guère.

LE CHEVALIER

Je.a'en avais point d'autre; mais il était de son gQùt,j&i il a le malheur.de n'être pas du vôtre; cela fait luie.grande différence.

LA MARQUISE

Vous l'écoutiez donc quand elle vous parlait; écoutes^iaoi aussi.'Lisette vous a prié de me parler pour le comte, vous ne l'avez point voulu.

Je n'avais garde; le comte est unr amant, vous m'avez dit que^'Vous aa4es.jBimiez point; mais vousrêtes lajnu^trasae.

fiA'MARQiriSE.

Non, jene'lasuis'pôtnt;T)eut-on, à votre avis, répondre à l'amour d'un homme qui ne vous plaît pas ? Vous êtes bien particulier!

LE CHEVALIER, riant.

Eh I eh ! eltt fadmire la peiiïe que vous prenez pour me cacher vos sentiments; vouscreignez que je ne lescritique, aprè&iCe,qme,v/MiSc m'avez, 4it : mais, non, madame, .«e vous

tenez point;^je sais combien iltvauL de compter avec le; cœur umai(^, et je ne vois rien là que de fort ordinaire.

M |ftAi(Qïïi3E,.«ft eolèra.

Non, je n'ai de ma vie eu tant d'envie de (foereilef quelqu'un. Adieu.

LE GHEVACXBay la^releoMit.

Ah t marquise, tout ceci n'est que-conversation, et je se-* rais4u désespoir de.vouaeUagriner; achevez, de grâce.

LA SURFRISE DE L'AMOITR. »

I^A MARQUISE

. Je reviens. YauS' êtes rhomme du ni^nde le plus estimièley quand vous voulez; et je ne sais par quelle fatalité vous^sortes aujourd'hui d'un caractère naturellement doux et raisonnable; laifidez^moi finir... Je ne sais plus où j-eû suis.

« LE CHEVAUEB.

AU comte^ qui vous déplaît.

LA MARQUISE

Eh bien, ce comte qui me déplaît, vous n'avez pas voulu me parler cour lui; Lisette s'est même imaginée vous voir un air piqué.

LE GHEVALnR.

Il en pouvait être quelque chose.

LA MARQUISE

Passe pour cela, c'est répondre, et je vous reconnais; sur cet air piqué^ elle a pensé que je ne vous déplaisais pas.

LE CHEVALIER sakia en liant.

Cella n!esl pas difficile à penser.

LA MARQUISE

Pourquoi? On ne plaît pas à tout le monde : gr, comme elle a cru que vous m^ conveniez, elle vous a proposé. ma main, comme si cela dépendai^d'eUe, et il est vrai que souvent je lui. laisse assez de pouvoir sur. moi; vous- vous. étes^ dit-elle, révolté avec dédain contre la proposition.

LE cheyalusi.

Avec dédain ? Voilà ce qu'on appelle du fabuleux, de l'impossil)ie.

Doucement, voici. ma question .-.avez-^vous rejeté ToiTrede Lisette comme piqué de l'amour du comte, ou comme une chose qu'on rebute? était-ce dépit jaloux ? Car enfin, malgré nos conventions, votre cœur aurait pu être tenté du mien : ou bien était-ce vrai dédain?

LE CBBVAUBR.

Commençons par rayer ce .dernier, il est incroyable; pour de la jalousie...

LA UÂaQOISiZ.

Parlez hardiment.

LE CHEVALIER, d*an «ir embarrasse.

Que diriez-vei», si je m'avisais d'en avoir?

LA MAROraSE.

Je dirais.*, que^vous seriez jaloux.

LE CHEVALIER

Oui; mais, madame, me pardonneriez-vous ce que vous haïssez tant?

LA MARQUISE

Vous ne l'étiez donc point ? (Elle le regarde.) Je vous entendSy je l'avais bien prévu, et mon injure est avérée. .

LE CHEVALIER

Que parlez- vous d'injure? où est-elle? est-ce que vous êtes fâchée contre moi ?

Contre vous, chevalier? Non certes; et pourquoi me fàcherais-je ? Vous ne m'entendez point, c'est à l'impertinente Lisette que j*en veux; je n'ai point de part à l'oflre qu'elle vous a laite; et il a fallu vous l'apprendre, et voilà tout : d'ailleurs, ayez de l'indifrérence ou de la haine pour moi, que m'importe 1 J'aime bien mieux cela que de l'amour, au moins, ne vous y trompez pas.

LE CHEVALIER

Qui? moi, madame, m'y tromper? Eh ! ce sont ces disjsositions-là dans lesquelles je vous ai vue, qui m'ont attaché à vous; vous le savez bien; et, depuis que j'ai perdu Angélique, j'oublierais presque qu'on peut aimer, si vous ne m'en pariiez pas.

LA MARQUISE

Oh ! pour moiy j'en parle sans m'en ressouvenir,

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