‹ Théatre (volume 2)Chapitre 25 sur 166 · SCÈNE X ys CHEVALIER, LA MARtîUISB · texte numérisé non relu

SCÈNE X ys CHEVALIER, LA MARtîUISB

LA HAftQXIISE.

Vous voilà brouillé avec HoFtensius, chev«lief» De quoi voua avisez-rvous aussi de médire de Sénèque?

I^ CHBVÀLIBR.

Sénèque et son défenseur ne m'inquiètent pas, pourvu que vous ne preniez pas leur parti, madame.

LA MARQUISE

Ah ! je demeurerai neatre, si la querelle continue-; car je m'imagine que vous ne voudrez pas la recommencer. Nos occupations vous ennuient, n'est-il pas vrai ?

LE CHEVALIER

Il faut être plus tranquille que je ne suis, pour réussir à s'amuser.

LA XARQUISB*

Ne VOUS gênez pcnnt, cbevalier^ vivons sans façons.: vous vootoz peBt^ôtre être seuL Adieu, je vous laisse»

LE CHEVALIEa.

Il n'y a plus de situation qui ne me soit à charge;

LA MARQUISE

Je voudrais de tout mon cœur pouvoir vous calmer

TéSpf it. .(EUe part lentemeat.)

LE CHEVALIER, pendant qu'elle iBarche* .

Ah! je m'attendais à plus^ repos quand j'ai rompu mon voyaœ; je ne ferai plus da projets» je vois Imn que je rebute toutb.nûtfule.

LA MARQUISE, BuréUsA an miliea du théâtre.

de (pie je lui entends dire là me touche; il narrait pas l g&iétemc de le quitter dans cet état-4à. ([eua reneai.) Non, 1 chevalier, vous ne me rebutez point; ne cédez point à votre douleur : tantôt vous partagiez mes chagrins, vous étiez seosîble à la.part que je prenais aux vôtres; pourquoi n'étesvous plus de même? C'est cela qui me rebuterait, par exemple; car la véritable amitié veut qu'on fasse, quelque chose pour elle, elle veut consoler.

LE GBBVALIBIU.

Aussi aurait^elle bien du pouvoir sur moi ; si je la troivrais, . persemie au moode n'y serait plus sensible; j'ai le coeur fait pour elle; mais ou est*elle? Je m'imaginais l'avoir trewfée^.me voiià déifocnpé» et oe n'^st pçis.sai^. qu'il en coûte à mon cœur.

Peut-on faire de reproche plus injuste que celui que vous me faites? De quoi vous plaignez-vous? voyons; d'une vhose que vous avez rendu nécessaire. Une étourdie vient ^ous proposer ma main; vous y avez de la répugnance, à la . eonne heure; ce n'est point là ce qui me choque : un homme qui a aimé Angélique peut trouver les autres femmes bien inférieures; elle a dû vous rendre les yeux très-difficiles, et, d'ailleurs, tout ce qu'on- appelle vanité làdessus, je n'en suis plus.

LE CHEVALIER

Ahl madame, je regrette Angélique; mais vous m'en auriez consolé, si vous aviez voulu.

LA MARQUISE

Je n'en ai point de preuves; car cette répugnance, dont je ne me plains point, fallait-il la marquer ouvertement? Représentez-vous cette action-là de san^-froid; vous êtes galant homme; jugez- vous; où est l'amitié dont vous parlez? Car, encore une lois, ce n'est pas de l'amour que je veux, vous le savez bien; mais l'amitié n'a-t-elle pas ses sentiments, ses délicatesses? L'amour est bien tendre, chevalier: eh bien, croyez qu'elle ménage, avec encore plus de scru« pules que lui, les intérêts de ceux qu'elle unit ensemble; voilà le portrait que je m'en suis toujours fait, voilà comme je la sens, et comme vous auriez dû la sentir. Il me semble que l'on n'en peut rien rabattre, et vous n'en connaissez pas les devoirs comme moi : qu'il vienne quelqu'un me proposer votre main, par exemple, et je vous apprendrai comme on répond là-dessus.

LE CHEVALIER

Oh ! je suis sûr que vous y seriez plus embarrassée que moi; car, enfin, vous n'accepteriez point la proposition.

LA MARQUISE

Nous n'y sommes pas: ce quelqu'un n'est pas venu, et ce n'est que pour vous dire combien je vous ménagerais; cependant vous vous plaignez.

Eh I morbleu I madame, vous m'avez parlé de répugnance, et je ne sauras vous souffrir cette idee-là. Tenez, je trancherai tout d'un coup là-dessus : si je n'aimais pas Angélique, qu'il faut bi^ que j'oublie, vous n'auriez qu une chose à craindre avec moi, qui est que mon amitié ne devînt . amour; et raisonnablement il n'y aurait que cela à craindre . non plus. C'est là toute la répugnance que je me connais.

LA MARQUISE

Ah I pour cela, c'en serait trop; il ne faut pas, chevalier, il ne faut pas.

LE CHEVAUER.

Mais ce serait vous rendre justice : d'ailleurs, d'où peut venir le refus dont vous m'accusez? car enfin était-il naturel? C'est <pie le comte vous aimait, c'est que vous le souffriez; j'étais outré de voir cet amour venir traverser un attachôment qui devait faire toute ma consolation : mon amitié n'est point compatible avec cela; ce n'est point une amitié faite comme les autres.

LA 1IARQUISE.

Eh bien, voilà qui change toutl je ne me plains plus, ie suis contente; ce que vous me dites-là, ie l'éprouve, je le sens; c'est là précisément Tamitié que je demande, la voilà, c'est la véritable; die < st délicate, elle est jalouse; elle a droit de l'être. Mais que n3 parliez-vous ? que n'êtes- vous venu me dire : « Qu'est-ce que c'est que le comte? que fait-il chez vous? > Je vous aurais tiré d'inquiétude, et tout cela ne serait point arrivé.

LE CHEVALIER

Vous ne me verrez point faire d'inclination, à moi; je n'y songe point avec vous.

LA ICARQUISE.

Vraiment, je vous le défends bien^ ce ne sont pas là nos conditions, et je serais jalouse aussi, moi, jalouse comme nous l'entendons.

LE CHEVALIER

Vous, madame ?

LA MARQUISE

Est-ce que je ne l'étais pas de cette façon-là tantôt ? Votre réponse a Lisette n'avait-elle pas dû me choquer?

LE CHEVALIER

Vous m'avez pourtant dit de cruelles choses.

LA MARQUISE

Eh I à qui en dit-on, si ce n^est aux gens qu'on aime, et qui semblent n'y pas répondre ?

LE CHEVALIER

Dois -je vous en croire ? Que vous me tranquillisez, ma chère marquise !

LA MARQUISE

Écoutez;* je n'avais pas moins besoin de cette explication-là que vous.

LE CHEVALIER

QuevouSt.me charmez! aue vous me donnez de joie^l (n

tel biUétl^ maiii.>^ i L

LA liâlKîUISE, rÏABt.

Oà le prendrait pour mon: ama&t; de «la manière déni il me remeroie.

LE GHEVALIEa*

Ei(0ap6fid&BiJlD*y axien de .lrop«

I£ GHllFAUBRv

Non, il n^va rien^)dei<trep:;'niais il intt>resteuiie'^âee^& vous denftanaer. Gardea-vous HortlMshisi? J^'oroi»vq«lilF«st fjftehéde me voir iei^ et |e sais lioa «ussi bMQiqoe^luû'

LA MARQVISR.

Eh bien, chevalier^ il Jautle renvoyer; voilà toute; la. façon qu'il faut y faire. , *

LE CHEYALIER.

Et le comte> qu'en ferons-nous ?:U m'inquièle.un.peu»

LA.MABQUJSS^

On le congédiera au3si ; je veux que vous soyez contant, iè veux vous mettre en repos. Donnez-moi la main^je. serais bien aise de me promener dans le jardin.

LE CHEYAUEB.

Allons, marquise.

ACT& TROfôlJÈMcB

SCEÎfE' PREMIERE

HORTENSIUS, seul.

N'^est-ce pas chose étrange, qu'un homme comme, moi n*àit point de fortune? Posséder lé g^rec et le .latin, et ne.pas posséder dix pislolesl divin Homère! ô Virgile l'et vous, gentil Anacreonl vosdootes imepprètes ont de la peine à "viivre; billot ije^n'aurai plus d'asiie; J'ai va la matquise irritée contre le chevalier; mais incontinent je Tai iVUftilBM

I^tSURPRJSE DE L'AMOUR. 47

le jardin discourir avec lui de la manière la plus bénévole. Quels solécismes de condaitel Est-ce que Tamour m'expulswpail d'ici ?^

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