HORTENSIUS, LISETTE
Lisette»
Monsieur Hortensîus, madame m'a chargé de vous dire que vous alliez lui montrer les livres que vous avez acheiés pour elle.
HOBiaENSIUS.
le serai ^ponctuel à obéir, mademoiselke Lisette, et madame la owpquise ae pouvait charger de ses ordres personne qui me les rendit plus dignes de ma prompte obéissance.
lise:](te.
Ah t le joli tour de phrase! Comment! vous me mlaei do la période la plus galante qui se puisse, et Ton sent bien qu'elle part d'un homme qui sait sa rhétorique
HÛ&TENSIUS.
La rhétorique que je sais là-dessus, mademoiselle, ce sont vos beaux yeux qui me Font apprise.
LISETTE
Mais ce que vous me dites- là est merveilleux ; je ne savais pas que mes beaux yeux enseignassent la rhétorique.
HORTENSIUS
Ils ont mis mon cœur en état de soutenir thèse, mademoiselle, et, pour essai de ma science, je vais, si vous l'avez pour agréable,^ous donner un petit, argument en forme.
LISETTE
Un argument à moi? Je ne sais ce que c'est, je ne veux point tàter de celé. Adieu.
HORTENSIUS
Arrêtez; voyez mon petit syllogisme; je vous assure qu'il est concluant.
LISETTE
Un syllogisme? Et que voulez-vous que je fasse de cela?
Écoutez : on doit son cœur à ceux qui vous donnent le leur : je vous donne le mien ; e^^jiéii vou» me deviez le vôtre.
LISJBTTE.
£st-oe là tout? Oh ! je sais la rhétorique aussi^ moi. Tenez, OQ ne doit son cœur qu'à ceux qui le preanent; assurément, vous ne prenez pas le mien; ergô, vous ne l'aurez pas. Bonjour.
HOJlTlSNSIUS, rarrêtant.
La raison répond...
LISETTE
Oh I pour la raison, je ne m'en mêlé point : les fiftes de mon âge n'ont point de commerce avec elle. Adieu, monsieur Hortensius; que le ciel vous bénisse, vous, votre thèse et votre syllogisme f
HORTENSIUS
J'avais pourtant fait de petits vers latms sur vos beautés.
LISETTE
Ehl mais, monsieur Hortensius^ mes beautés n'entendent que le français.
HORTENSIUS
On peut vous les traduire.
LISETTE
Achevez donc, car j'ai hâte.
Je crois les avoir serrés dans un livre, (i^endant <ia'ii cherche,
Lisette yoit venir la marquise et dît :]
LISETTE
Voilà madame. Laissons-le chercher son papier. (Kiie sort.)
HORTENSIUS, continae en feuilletant.
Je vous y donne le nom d'Hélène de la manière du monde la plus poétique, et j'ai pris la liberté de m'appeler le Paris de l'aventure. Les voilà : cela est galant.
SCÈ1SE VI
LA MARQUISE, HORTENSIUS, un Laquais.
LA VAReinSE.
Que voulez-vous donc dire avec cette aventure où vous vous appelez Paris? A qui parliez- vous? Voyons ce papier.
HORTENSIUS
Madame, c'est un trait de Thisloire des Grecs, dont mademoiselle Lisette me demandait l'explication.
LA MAJaaUlSE.
Elle est bien curieuse, et vous bien complaisant. Où sont lefilivres que vou^^ai'avez achetés, monsieur?
HORTENSIUS
Je les tiens, madame, tous bien conditionnés, et d'un prix fort raisonnable; souhaitez- vous les voir?
Montrez.
LE LAQUAIS
Voici M. le chevalier, madame.
LA MARQUISE
Faites entrer, (a Hortensias.) Portez-les chez mol ; nous les verrons tantôt.