‹ Théatre (volume 2)Chapitre 61 sur 166 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

DORANinS, SHiVIA.

t BOBAMTB.

Lisette, qndqne èloignement que tu aies pour moi, je suis iMTCé de te parler; je crois que j ai à me plaindie de toi.

SILVIA

Boui^ignoUy ne nous tutoyons plus, je t'en prie.

DORANTE

Comme tu voudras.

SILVIA

Tu n'en fais pourtant rien.

IK>llAIfTE.

. Ni toi non plus. Tu me dis : c Je t'en prie. »

SILVIA

C'est que cela m'est échappé.

noRAmc

Eh bien, crois-moi, parlons comme nous pourrons; ce n'est pas la peine de nous gêner pour le peu de temps que nous avons à nous voir.

LE lEU BE L'AMOWR ET DU HASARD. 99

SULVIA.

Est-ce que ton maître s*«ii Ya? Il n'y aun^tpea grande perte.

DOUAUftfi.

Ni à moi bob plus, n'e8t~il pas vrai? J'achève ta passée.

SILYIA.

Je Tachèveraîs bien moi-même, si j'en avais envie ; mais je II» songer pas. à toi*

BORANTB.

Et moi, je ne te perds point de vue.

SILVIA

Tiens, Bourg^uignon, une bonne fois pour t<fttes, demeure, va-fen, reviems, toiU cela doit m'étre indifférent, et me l'est en efTet; je ne te veux ni bien ni mal; je ne te hais, ni ne t'aime, ni ne t'aimerai, à moins que l'esprit ne me tourne : voilà mes dispositions; ma raison ne m'en permet point d'autres, et je devrais me dispenser de te le dire.

DORANTE

Kon malheur est inconcevable; tu m'ôtes peut-être tout le repos de ma vie.

SILVIA

Quelle fantaisie il s'est allé mettre dans l'esprit 1 II me Cait de la peine. Reviens à loi ; tu me parles, je te réponds ; c'est beaucoup, c'est trop même, tu peux m en croke; et, si tu étals instruit, en vérité, tu serais content de moi, tu me trouverais d'une bonté sans exemple, d'une bonté que je blâmerais dans une autre. Je ne me la reproche pourtanl; pas, le ïbnd de mon cœur me rassure; ce que je fais est louable; c'est par générosité que je te parie, mais il ne faut pas que cela dure; ces générosités^ià ne sont bonnes qu'en passant, et je ne suis pas faite pour me rassurer toujours sur l'innocence de mes intentions; à la fin, cela ne ressemblerait plus à rien. Ainsi^ finissons, Bourguignon, finissons, je t'en prie. Qu'est-ce que cela signifie? C'est se moquer; allons, qu'il it^en soit pins parié*

Ah ! ma chère Lisette, ^e je souffre !

SILVIA

Venons à ce que tu voulais me dire: tu te plaignais de moi quand tu e& entré ; de quoi étaittii quealioAT

DâlAKCE.

De rien, dfim» bpgàtûUd; j'avais, onyl^â^; ta v«ir^ etue crois que je n'ai pris qu'un prétexte.

SILVIA, à part.

Que dire à cela? Quand je me fâcherais, il n'en serait ni plus ni moins.

DORANTE

Ta maîtresse, en partant, a paru m'accuser de t'avoir parlé au désavantage de mon maître.

SILVIA

Elle se l'imagine; et, si elle t'en parle encore, tu peux nier hardiment : je me charge du reste.

DORANTE

Eh ! ce n'est pas cela qui m'occupe.

• SJLVIA.

Si tu n'as que cela à me dire, nous n'avons plus que faire ensemble.

Laisse-moi du moins le plaisir de te voir.

SILVIA

Le beau motif qu'il me fournil làt j'amuserai la passion de Bourguignon ! Le souvenir de tout ceci me fera bien rire un jour.

DORANTE

Tu me railles ! tu as raison : je ne sais ce que je dis, ni ce que je te demande. Adieu.

SILVIA

Adieu; tu prends le bon parti... Mais, ^ propos de tes adieux, il me reste encore une chose à savoir. Vous partez, m'as-tu dit : cela est-il sérieux ?

DORANTE

Pour moi, il faut que Je parte, ou que la tête me tourne.

SILVIA

Je ne t'arrêtais pas pour cette réponse-lè, par exemple.

DORANTE

Et je n'ai fait qu'une faute, c'est de n'être pas parti dès que je t'ai vue.

SILVIA, à part.

J'ai besoin à tout moment d'oublier que je l'écoute.

DORANTE

Si tu savais, Lisette, l'état où je me trouve...

SILVU.

Oh! il n'est pas si curieux à savoir que le mien, je l'eÉ assure.

DORANTE

Que peux-tu me reprocher? Je ne me propose pas de te rendre sensible.

SILYU.

n ne faudrait pas s'y fier.

• DORANTE

Et que pourrais-je espérer en tâchant de me faire aimer? Hélas 1 quand même j'aurais ton cœur...

SILYIA.

Que le ciel m*en préserve 1 Quand tu raurais, tu iie le saurais pas; et je ferais si bien, que je ne le saurais pas moimême. Tenez, quelle idée il lui vient là t

DORANTE

n est donc bien vrai que tu ne me hais, ni ne m'aimes, ni ne m'aimeras?

Sans difficulté.

DORANTE

Sans difficulté 1 Qu'ai-je donc de si affreux?

SILVIA

Men : ce n'est pas là ce qui te nuit.

£h bien, chère Lisette, dis-le-moi cent fois, que tu ne m'aimeras point.

SILVIA

Oh ! je te l'ai assez dit; tâche de me croire.

DORANTE

Il faut gue je le croie I Désespèi'e une passion dangereuse, ;8auve-moi des effets que j'en crains : tu ne me hais, ni ne 'm'aimes, ni ne m'aimeras I Accable mon cœur de cette cer* titude-là 1 J'agis de bonne foi; donne-moi du secours contre moi-même; il m'est nécessaire : je te le demande à ge- 'noux. (n se jette à genou. Dans ce moment, M. Orgon et Mario entrent, .et 10 disent mot.)

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