‹ Théatre (volume 2)Chapitre 8 sur 166 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

LUMN, LE CHEVALIER.

LUBIN, répond derrière le théâtre.

Monsieur... (Et palsU arrive très-triste.) Que VOUS plalt-ll,

monsieur?

[LE CHEVALIER

Qu'as-tu donc, avec cet air triste?

LUBIN

Hélas! monsieur^ quand je suis à rien faire^ je m'attriste

à cause de voire maîtresse, et un peu à cause de la mienne. Je suis fâché de ce que nous parlons; si nous restions, je serais fâché de même.

LE CHEVALIER

Nous ne partons point; ainsi ne fais rien de ce que je t'avais ordonné pour notre départ.

LUBIN. .*v

Nous ne partons point?

LE CHEVALIER

Non, j'ai changé d'avis.

LUBIN

Mais, monsieur, j'ai fait mon paquet.

£h bien^ tu n'as qu'à le défaire.

LUBIN

J'ai dit adieu à fout le monde; je ne pourrai donc plus voir personne?

LE CHEVALIER

Eht tais-toi. Rends-moi mes lettres.

LUBIN

Ce n'est pas la peine, je les porterai tantôt

LE CHEVALIER

Cela n'est plus nécessaire, puisque je reste ici.

LUBIN

Je n'y comprends rien. C'est donc encore autant de perdu que ces lettres-là? Mais, monsieur, qui est-ce qui vous empêche de partir? est-ce madame la marquise?

LE CHEVALIER

Oui.

LUBIN

Et nous ne changeons point de maison ?

LE CHEVALIER

Et pourquoi en changer?

LUBIN

Ah t me voilà perdu.

LB CHEVALIER

Comment donc?

LUBIN

Xos maiso?« se communiquent; de l'une, on entre dans l'autre; je n'ai plus ma maîtresse; madame la marquise a une femme de chambre tout agréable: de chez vous, j'irai chez elle, cracl me voilà infidèle tout de plain-pied, et cela m'afQige. Pauvre Martonl faudra-t-il que je t'oublie?

LE CHEVALIER

Tu serais un bien mauvais cœur«

18 THÉÂTRE DE MARIVAlTX:

LUBIN

Ahl pour cela, oui, cela "sera bien vilain ; mais cela ne manquera pas d'arriver, car j'y sens déjà du plaisir, et cela me met au désespoir ; encore, si vous aviez la bonté de montrer l'exemple, tenez! la voilà qui vient, Lisette.

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