‹ Théatre (volume 2)Chapitre 81 sur 166 · SCÈNE III LÉPINE, LISETTE · texte numérisé non relu

SCÈNE III LÉPINE, LISETTE

Nous n'avons rien à nous dire, mons de Lépine. J'ai aiTaire, et je vous laisse.

LÉPINE

Doucement, mademoiselle, relardez d'un moment; Je trouve à propos de vous informer d'un petit accident qui m'arrive.

LISETTE

Voyons.

LEPINE.

D'homme d'honneur, je n'avais pas envisagé vos grâces; je ne connaissais pas votre mine.

LISETTE

Qu'importe ? Je vous en offre autant : c'est tout au plus si je connais actuellement la vôtre.

LÉPINE

Gett£ dame se figurait que nous nous aimions.

LISETTE

Eh bien 9 elle se figurait mal.

LÉPINE

Attendez; voici l'accident. Son discours a fait que mes yeux se sont arrêtés dessus vous plus attentivement que de coutume.

LISETTE

Vos yeux ont pris bien de la peine.

LÉPINE

Et vous.étes jolie, sandis 1 oh t très-jolie.

Ma foi ! monsieur de Lépine, vous êtes très-galant, oht très-galant.

LÉPINE

A mon exemple, envisagez-moi, je vous prie; faites-en l'épreuve.

LISETTE

Oui-da, Tenez, je vous regarde.

LÉPINE

Eh donc 1 Est-ce là ce Lopine que vous connaissiez? N'y voyez- vous rien de nouveau? Que vous dit le cœur?

LISETTE

Pas le mot. Il n'y a rien là pour lui.

LÉPINE

Quelquefois'pourtant nombre de gens ont estimé que j'étais un garçon assez revenant; mais nous y retournerons, c'est partie à remettre. Écoutez le restant. Il est certain que mon maitre dislingue tendrement votre maîtresse. Aujourd'hui même, il m'a confié qu'il méditait de vous communiquer ses sentiments.

LISETTE

Comme il lui plaira* La réponse que j'aurai l'honneur de lui communiquer sera courte.

LÉPINB.

Remarquons d'abondance que la comtesse se plaît avec mon maitre, qu'elle a Tàme joyeuse en le voyant. Vous me direz que nos gens sont d'étranges personnes, et je vous Tac* corde. Le marquis, homme tout simple, peuhasardeux dans le discours, n'osera jamais aventurer la déclaration; et des déclarations, la comtesse les épouvante. Dans cette conjoncture, j'opine que nous encouragions ces deux pereonnages. Qu'en sera-t-il 2 Qu'ils s'aimeront bonnement, en toute sirnplesse, et qu'ils s'épouseront de même. Qu'en arrivera-t-il ? Qu'en me voyant votre camarade, vous me rendrez votre mari, par la douce habitude de me voir. Eh donc! Parlez, êtes- vous d'accord ?

LISETTE

Non.

LÉPINB.

Mademoiselle, est-ce mon amour qui vous déplaît?

LISETTE

Oui.

LëPINE.

En peu de mots, vous dites beaucoup; mais considérez roccurence. Je vous prédis que nos maîtres se marieront : que la commodité vous tente.

LISETTE

Je vous prédis qu'ils ne se marieront point. Je ne veux pas, moi. Ma maîtresse, comme vous dites fort habilement, lient l'amour au-dessous d'elle; et j'aurai soin de l'entretenir dans cMle humeur, attendu qu'il n'est pas de mon petit intérêt qu'elle se marie. Ma condition n en serait pas si bonne, entendez-vous ? Il n'y a pas d'apparence que la comtesse y gagne, et moi, j'y perdrais beaucoup. J'ai fait un petit calcul là^dessus, au moyen duquel je trouve que tous vos arrangements me dérangent, et ne me valent rien* Ainsi, croyez-om

LE LEGS5. iaS^

quelque jolie que je sois, conlinuez de n'en rien voir; laissez \k la découverleque vous avez faite de mes grâces, et passez IQi^jours sans y prendre ggrde.

LÉPINE, froideiçeôu

Je les ai vues, mademoisefle; j'en suis frappé, et n'ai de remède que voire coaur*

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