LA COMTESSE, LISETTE
LISETTE
Voici ma maîtresse. De Thumeur dont elle est, je crois que cet amour-ci ne la divertira guère. Gare que le marquis ne soit bientôt congédié 1
LA COMTESSE, tenant une lettre.
Tenez, Lisette ; dites qu'on porte cette lettre à la poste. En voilà dix que j'écris depuis trois semaines. La sotte cjiose qu'un procès 1 que j'en suis lasse! Je ne m'étonne pas s'il y a tant de femmes qui se remarient.
LISETTE, riant.
Bon, votre procès 1 une afTaire de dix mille francs! Voilà quelque chose de bien considérable pour vous. Avez-vous envie de vous remarier ? J'ai votre affaire.
LA. COMTESSE
Qu'est-ce que c'est qu*enviede me remarier? Pourquoi me dites- vous cela ?
LISETTE
Ne TOUS i%chez pas; je ne veux que vous divertir.
LA COMTESSE
Ce pourrait être quelqu'un de Paris qui vous aurait fait une confidence. En tout cas» ne me le nommez pas*
LISETTE
Oh t il faut pourtant que vous connaissiez celui d<Hit je parle.
LA COMTESSE
Brisons là-dessus. Je rêve à une antre chose : le mnrqaiS n'a ici qu'un valet de chambre, dont il a peut-être besoin; et je voulais lui demander s'il n'a pas quelque paquet à mettre la poste, on le poflerait avec le mien. Ou est-il, le marquis ? Tas-tu vu ce matin?
LISETTE
Ohl oui. Ualepeste! il a ses raisons? pour âtr^ éveillé de bonne heure. Revenons au mari quei'ai à vous doAner, eehû qui brûle pour vous, et que vous avez eoflajdUoéLdd passioa.
LA eOMTMSSE.
Qui est ce benêt-là ?
LISETTE
Tous le devinez.
Celui qui brûle est un sot. Je ne veux rien savoir de Paris,
LISETTE
Ce n'est point ûe Paris. Votre conquête est dans le chftteau. Vous l'appelez benêt ; moi, je vais le flatter : c'est un soupirant qui a l'air fort simple, un air bonhomme. Y êtesvous?
LA COMTESSE
Ifullement. Qui est-ce qui resseml^le à cela ici f
LISETTE
Eh ! le marquis.
LA COMTESSE
Celui qui est avec nous ?
LF LEGSw m
USBTTB.
hA GOMTESSB.
Je n*aTaî8 gttfôe ôy être. Où as- tu pris son ôîr simple et de bonhomme? Dis donc un air franc et ouvert; à la bonne heure, il sera reconnaissabfe.
LISETTE
Ua loi» madame, je vous le rends comme je le vois.
Ui COMTESSE.
Tu le vois très-mal, on ne peut pas plus mal; en mille ans» on ne le devinerait pas à ce porfrait^lli. Maia de qui tien&-iia ee que tu me ccmles de son amour?
Pe loi» qm me Va dit; rien que cela. N'en riez^vous pas ?Ne faites pas semblant de le savoir. Au reste, i\ n*y a qu'a vous en défaire tout doucement.
LA CeifJESSE.
Hélast je ne lui en veux point de mal : c'est un fort hon- Bète hdmme, qui a d'excellentes qualités; et j'aime encore mieux que ce soit lui quhin autre. Mais ne te trompes-tu pas «itssi ? Il ne f aura peut-être parlé que d'estime ; il en a beaucoup pour moi, beaucoup; il me l'a marqué en mille occch sions d'une manière fort obligeante.
LISETTE
Kon, madame; c'est de l'atnour qui regarde vos appas; il en a pronciicé le mot sans bredouiller comme à Tordinaire. C'est de la flamme. Il languit, il soupire.
LA COMTES»
STst^l possiUe? Surcepîed-làtje le plains; ear ce n'est pas «n. élourdi : il faut qu'il le sente, pui^u'il le dit ; et ce n'est pas de ces gens-là que je me moque : jamais leur amour n'est ridicule. Mais il n'osera m'en parier, n'est-ce pas?
LISETTE
ûht ne crtigneE rien, j'y ai mis bon ordre : il ne s'y jeueta |M. Je lui a» Mé toute espérance : D'ai^je pas bim âtit?
LA COMTESSE
Hais..^ emy sans doute, oui; pourvu que Tou&se Tayea pas brusqué, pourtant : il fallait y prendre garde ; c'est un ami que je veux conserver. Et vous avez quelquefois le ton dur et revéche, Lisette; il valait mieux le laisser dire.
" LISETTE
Poiol du tout : il voulait que je voua parlasse en sa faveur.
Li COMTESSE,
Ce pauvre homme 1
LISETTE
Et je lui ai répondu que je ne pouvais pas m'en mêler ; que je me brouillerais avec vous si je vous en parlais; que vous me donneriez mon congé, que vous lui donneriez le sien.
LA COMTESSE
Le sien ? Quelle grossièreté t Ah ! que c'est mal parler ! Son congé 1 Et même est-ce que je vous aurais donne le vôtre? Vous savez bien que non. D'où vient mentir, Lisette? C'est un ennemi que vous m'allez faire d'un des hommes du monde que jeconsiaère le plus, et qui le méritent le mieux. Quel sot langage de domestique I Eh 1 il était si simple de vous en tenir a lui dire : c Monsieur, je ne saurais; ce ne sont pas là mes affaires; parlez-en vous-même. » Et je voudrais qu'il osât m'en parler, pour raccommoder un peu votre malhonnêteté. Son congé 1 II va se croire insulté.
LISETTE
Eh ! non, madame : il était impossible de vous en débarras ser à moins de frais. Faut-il que vous l'aimiez, de peur de le fâcher ? Voulez-vous être sa femme par politesse, lui qui doit épouser Hortense? Je ne lui ai rien dit de trop; et, vous en voilà quitte. Mais je l'aperçois qui vient en rêvant. Évitez-le, vous avez le temps.
LA COMTESSE
L'éviter! lui qui me voit ?... Ahl je m'en garderai bien. Après les discours que vous lui avez tenus, il croirait que je les ai dictés. Non, non, je ne changerai rien à ma façon de vivre avec lui. Allez porter ma lettre.
LISETTE, à part.
Bum ! il y a quelque chose. (Hant.) Madame, je suis d'avis de rester auprès de vous ; cela m'arrive souvent, et vous en serez plus à l'abri d'une déclaration.
LA. COMTESSE
Belle finesse ! Quand je lui échapperais aujourd'hui, ne me trouvera-t-il pas demain? Il faudrait donc vous avoir toujours à mes côtés? Non, non; partez. S'il me parle, je sais répondre.
LISETTE^ à part.
Ma foil cette femme*là ne va pas droit avec mm.