‹ ThéâtreChapitre 112 sur 405 · ACTE I — SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I — SCÈNE IV

Cependant tout le monde est charmé d'avoir de grands appartements, nombre de domestiques...

Il ne me faut qu'une chambre ; je n'aime point à nourrir des fainéants, et je ne trouverai point de valet plus ficTelé, plus affectionné à mon service que moi.

TRIVELIN

Je conviens que vous ne serez point en danger de mettre ce domestique-là dehors ; mais ne seriezvous pas sensible au plaisir d'avoir un bon équipage, un bon carrosse, sans parler de l'agrément d'être meublé superbement ?

ARLEQUIN

Vous êtes un grand nigaud, mon ami, de faire entrer Silvia en comparaison avec des meubles, un carrosse et des chevaux qui le traînent ! Dites-moi, fait-on autre chose dans sa maison que s'asseoir, prendre ses repas et se coucher ? Eh bien ! avec un bon Ht, une bonne table, une douzaine de chaises de paille, ne suis- je pas bien meublé ? N'ai -je pas toutes mes commodités ? Oh ! mais je n'ai point de carrosse ! Eh bien, je

ne verserai peint. (En montrant ses jambes.) Ne voilà-t-il pas un équipage que ma mère m'a donné ? Ne sont-ce pas de bonnes jambes ? Eh ! morbleu, il n'y a pas de raison à vous d'avoir une autre voiture que la mienne. Alerte, alerte, paresseux ; laissez vos chevaux à tant d'honnêtes laboureurs qui n'en ont point; cela nous fera du pain; vous marcherez, et vous n'aurez pas les gouttes.

TRIVELIN

Têtubleu, vous êtes vif ! Si Ton vous en croyait, on ne pourrait fournir les hommes de souliers.

i68 LA DOUBLE INCONSTANCE

Ils porteraient des sabots. Mais je commence à m'ennuyer de tous vos contes ; vous m'avez promis de me montrer Silvia ; un honnête homme n'a que sa parole.

TRIVELIX.

Un moment ; vous ne vous souciez ni d'honneurs, ni de richesses, ni de belles maisons, ni de magnificence, ni de crédit, ni d'équipages...

ARLEQUIN

Il n'37 a pas là pour un sou de bonne marchandise.

TRIVELIX.

La bonne chère vous tenterait-elle ? Une cave remplie de vin exquis vous plairait-elle ? Seriezvous bien aise d'avoir un cuisinier qui vous apprêtât délicatement à manger, et en abondance ? Imaginezvous ce qu'il y a de meilleur, de plus friand en viande et en poisson ; vous l'aurez, et pour toute votre vie... Vous ne répondez rien?

ARLEQUIN

Ce que vous me dites là serait plus de mon goût que tout le reste ; car je suis gourmand, je l'avoue ; mais j'ai encore plus d'amour que de gourmandise.

TRIVELIX.

Allons, seigneur Arlequin, faites-vous un sort heureux ; il ne s'agit seulement que de quitter une fille pour en prendre une autre.

ARLEQUIN

Non, non ; je m'en tiens au bœuf et au vin de mon cru.

TRIVELIX.

Que vous auriez bu de bon vin ! Que vous auriez mangé de bons morceaux !

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