SCÈNE VI LA FÉE, TRIVELIN
LA FÉE
Eh bien ! notre jeune homme a-t-il goûté ?
TRIVELIN
Oui, goûté comme quatre ; il excelle en fait d'appétit.
LA FÉE
Où est-il à présent ?
TRI VELIN
Je crois qu'il joue au volant dans les prairies ; mais j'ai une nouvelle à vous apprendre.
LA FÉE
Quoi ? qu'est-ce que c'est ?
TRI VELIN
Merlin est venu pour vous voir.
LA FÉE
Je suis ravie de ne m'y être point rencontrée ; car c'est une grande peine que de feindre de l'amour pour qui l'on n'en sent plus.
TRI VELIN
En vérité, madame, c'est bien dommage que ce petit innocent l'ait chassé de votre cœur. Merlin est au comble de la joie ; il croit vous épouser incessamment. Imagines-tu quelque chose d'aussi beau qu'elle ? me disait-il tantôt, en regardant votre portrait. Ah ! Trivelin, que de plaisirs m'attendent ! Mais je vois bien que, de ces plaisirs-là, il n'en tâtera qu'en idée ; et cela est d'une triste ressource, quand on s'en est promis la belle et bonne réaUté. Il reviendra ; comment vous tirerez- vous d'affaire avec lui ?
LA FÉE
Jusqu'ici je n'ai d'autre parti à prendre que de
le tromper.
TRIVELIN
Et n'en sentez- vous pas quelque remords de conscience ?