‹ ThéâtreChapitre 145 sur 405 · ACTE II — SCÈNE X · texte numérisé non relu

ACTE II — SCÈNE X

LISETTE

On ne vous trouve que trop de mérite.

SILVIA

Cela se passera. Ce n'est pas moi qui ai envie de plaire, telle que vous me voyez ; il me fâche assez d'être si jolie, et que vous ne soyez pas assez belle.

Ah ! quelle situation !

SILVIA

Vous soupirez à cause d'une petite villageoise, vous êtes bien de loisir ; et où avez- vous mis votre langue de tantôt, madame ? Est-ce que vous n'avez plus de caquet quand il faut bien dire ?

LISETTE

Je ne puis me résoudre à parler.

SILVIA

Gardez donc le silence ; car lorsque vous vous lamenteriez jusqu'à demain, mon visage n'empirera pas, beau ou laid, il restera comme il est. Qu'est-ce que vous me voulez ? Est-ce que vous ne m'avez pas assez querellée ? Eh bien ! achevez, prenez-en votre suffisance.

LISETTE

Épargnez-moi, mademoiselle ; l'emportement que j'ai eu contre vous a mis toute ma famille dans l'embarras ; le prince m'oblige à venir vous faire une réparation, et je vous prie de la recevoir sans me railler.

SILVLA.

Voilà qui est fini, je ne me moquerai plus de vous ; je sais bien que l'humilité n'accommode pas les glorieux, mais la rancune donne de la malice.

2i6 LA DOUBLE INCONSTANCE

Cependant je plains votre peine, et je vous pardonne. De quoi aussi vous avisiez-vous de me mépriser ?

J'avais cru m'aperce voir que le prince avait quelque inclination pour moi et je ne croyais pas en être indigne ; mais je vois que ce n'est pas toujours aux agréments qu'on se rend.

SILVIA

Vous verrez que c'est à la laideur et à la mauvaise façon, à cause qu'on se rend à moi. Comme ces jalouses ont l'esprit tourné !

LISETTE

Eh bien ! oui, je suis jalouse, il est vrai ; mais puisque vous n'aimez pas le prince, aidez-moi à le remettre dans les dispositions où j'ai cru qu'il était pour moi. Il est sûr que je ne lui déplaisais pas, et je le guérirai de l'inclination qu'il a pour vous si vous me laissez faire.

SILVIA

Croyez-moi, vous ne le guérirez de rien ; mon avis est que cela vous passe.

LISETTE

Cependant cela me paraît possible ; car enfin je ne suis ni si maladroite ni si désagréable.

SILVIA

Tenez, tenez, parlons d'autre chose ; vos bonnes quaUtés m'ennuient.

LISETTE

Vous me répondez d'une étrange manière ! Quoi qu'il en soit, avant quelques jours, nous verrons si j'ai si peu de pouvoir.

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