‹ ThéâtreChapitre 164 sur 405 · ACTE III — SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE III — SCÈNE V

je suis son maître ? S'en ira-t-il sans avoir justice ? N'en aurai s- je pas du regret ? Qu'est-ce qui fera mon office de prince, si je ne le fais pas ? J'ordonne donc que je lui rendrai Si 1 via. »

LE PRINCE

Ne changeras-tu jamais de langage ? Regarde comme j'en agis avec toi. Je pourrais te renvoyer et garder Silvia sans t'écouter ; cependant, malgré l'inclination que j'ai pour elle, malgré ton obstination et le peu de respect que tu me montres, je m'intéresse à ta douleur ; je cherche à la calmer par mes faveurs ; je descends jusqu'à te prier de me céder Silvia de bonne volonté ; tout le monde t'y exhorte, tout le monde te blâme et te donne un exemple de l'ardeur qu'on a de me plaire ; tu es le seul qui résiste, tu reconnais que je suis ton prince ; marque-le-moi donc par un peu de docilité.

ARLEQUIN

Eh ! monseigneur, ne vous fiez pas à ces gens qui vous disent que vous avez raison avec moi, car ils vous trompent. Vous prenez cela pour argent comptant ; et puis vous avez beau être bon, vous avez beau être brave homme, c'est autant de perdu, cela ne vous fait point de profit. Sans ces gens-là, vous ne me chercheriez point chicane ; vous ne diriez pas que je vous manque de respect parce que je réclame mon bon droit. Allez, vous êtes mon prince, et je vous aime bien ; mais je suis votre sujet, et cela mérite quelque chose.

LE PRINCE

Tu me désespères.

ARLEQUIN

Que je suis à plaindre 1

LE PRINXE.

Faudra-t-il donc que je renonce à Silvia ? Le moyen d'en être jamais aimé, si tu ne veux pas m'aider ? Arlequin, je t'ai causé du chagrin ; mais celui que tu me fais est plus cruel que le tien.

ARLEQUIN

Prenez quelque consolation, monseigneur; promenez-vous, voyagez quelque part ; votre douleur se passera dans les chemins.

LE PRINCE

Non, mon enfant : j'espérais quelque chose de ton cœur pour moi, je t'aurais plus d'obligation que je n'en aurai jamais à personne ; mais tu me fais tout le mal qu'on peut me faire. N'importe, mes bienfaits t'étaient réservés, et ta dureté n'empêche pas que tu n'en jouisses.

ARLEQUIN

Aïe ! qu'on a de mal dans la \àe !

LE PRINCE

Il est vrai que j'ai tort à ton égard; je me reproche l'action que j'ai faite, c'est une injustice; mais tu n'en es que trop vengé.

ARLEQUIN

Il faut que je m'en aille ; vous êtes trop fâché d'avoir tort ; j'aurais peur de vous donner raison.

LE PRINCE

Non, il est juste que tu sois content ; tu souhaites que je te rende justice ; sois heureux aux dépens de tout mon repos.

ARLEQUIN

Vous avez tant de charité pour moi ; n'en auraisje donc pas quelque peu pour vous ?

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