‹ ThéâtreChapitre 179 sur 405 · SCÈNE III LISETTE, LUBIN · texte numérisé non relu

SCÈNE III LISETTE, LUBIN

LISETTE

La voilà qui soupire, et c'est toi qui en es cause, butor que tu es ; nous avons bien affaire de tes pleurs.

LUBIN

Ceux qui n'en veulent pas n'ont qu'à les laisser ; ils ont fait plaisir à madame, et monsieur le chevalier l'accommodera bien autrement, car il soupire encore bien mieux que moi...

LISETTE

Qu'il s'en garde bien : dis-lui de cacher sa douleur, je ne t'arrête que pour cela ; ma maîtresse n'en a déjà que trop, et je veux tâcher de l'en guérir : entends-tu ?

LUBIN

Pardi, tu cries assez haut.

LISETTE

Tu es bien brusque. Eh ! de quoi pleurez- vous donc tous deux, peut-on le savoir ?

LUBIN

Ma foi, de rien : moi, je pleure parce que je le veux bien, car si je voulais je serais gaillard.

LISETTE

Le plaisant garçon !

LUBIN

Oui, mon maître soupire parce qu'il a perdu une maîtresse ; et comme je suis le meilleur cœur du monde, moi, je me suis mis à faire comme lui pour

ramuser ; de sorte que je vais toujours pleurant sans être fâché, seulement par compliment.

LISETTE rit.

Ah, ah, ah, ah !

LUBIX, en riant.

Eh, eh, eh ! tu en ris, j'en ris quelquefois de même, mais rarement, car cela me dérange; j'ai pourtant perdu aussi une maîtresse, moi ; mais comme je ne la verrai plus, je l'aime toujours sans en être plus triste. (Il rit.) Eh, eh, eh !

LISETTE

Il me divertit. Adieu ; fais ta commission, et ne manque pas d'avertir monsieur le chevaher de ce que je t'ai dit.

LUBIN, riant.

Adieu, adieu.

LISETTE

Comment donc ! tu me lorgnes, je pense ?

LUBIN

Oui-da, je te lorgne.

LISETTE

Tu ne pourras plus te remettre à pleurer.

LUBIN

Gageons que si... Veux- tu voir ?

LISETTE

Va-t'en ; ton maître t'attendra.

LUBIN

Je ne l'en empêche pas.

LISETTE

Je n'ai que faire d'un homme qui part demain : retire-toi.

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