‹ ThéâtreChapitre 191 sur 405 · ACTE I — SCÈNE X · texte numérisé non relu

ACTE I — SCÈNE X

est rompu, ma maltresse vous a conseillé de rester, vous êtes tous deux dans la tristesse, et la conformité de vos sentiments fera que vous vous verrez souvent. Je suis attachée à ma maîtresse, plus que je ne saurais vous le dire, et je suis désolée de voir qu'elle ne veut pas se consoler, qu'elle soupire et pleure toujours ; à la fin elle n'y résistera pas : n'entretenez point sa douleur, tâchez même de la tirer de sa mélancolie ; voilà monsieur le comte qui l'aime, vous le connaissez, il est de vos amis, madame la marquise n'a point de répugnance à le voir ; ce serait un mariage qui conviendrait. Je tâche de le faire réussir ; aideznous de votre côté, monsieur le chevalier ; rendez ce service à votre ami ; servez ma maîtresse ellemême.

LE CHEVALIER

Mais, Lisette, ne me dites-vous pas que madame la marquise voit le comte sans répugnance ?

LE COMTE

Mais, sans répugnance, cela veut dire qu'elle me souffre ; voilà tout.

LISETTE

Et qu'elle reçoit vos visites.

LE CHEVALIER

Fort bien ; mais s'aperçoit-elle que vous l'aimez ?

LE COMTE

Je crois que oui.

LISETTE

De temps en temps, de mon côté, je glisse de petits mots, afin qu'elle y prenne garde.

LE CHEVALIER

Mais, vraiment, ces petits mots-là doivent faire

un grand effet, et vous êtes entre de bonnes mains, monsieur le comte. Et que vous dit la marquise ? vous répond-elle d'une façon qui promette quelque chose ?

LE COMTE

Jusqu'ici, elle me traite avec beaucoup de douceur.

LE CHEVALIER

Avec douceur ! Sérieusement ?

Il me le paraît.

LE CHEVALIER, brusquement.

Mais sur ce pied-là, vous n'avez donc pas besoin de moi ?

LE COMTE

C'est conclure d'une manière qui rn'étonne.

LE CHEVALIER

Point du tout, je dis fort bien ; on voit votre amour, on le souffre, on y fait accueil, apparemment qu'on s'y plaît ; et je gâterais peut-être tout si je m'en mêlais : cela va tout seul.

LISETTE

Je vous avoue que voilà un raisonnement auquel je n'entends rien.

LE COMTE

J'en suis aussi surpris que vous,

LE CHEVALIER

Ma foi, monsieur le comte, je faisais tout pour le mieux ; mais puisque vous le voulez, je parlerai, il en arrivera ce qu'il pourra : vous le voulez ; malgré mes bonnes raisons, je suis votre serviteur et votre ami.

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