‹ ThéâtreChapitre 205 sur 405 · ACTE II — SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II — SCÈNE IV

LA MARQUISE

Expliquez-moi cette manière.

HORTENSIUS

Je ne sais pas trop bien quelle image employer pour cet effet, car c'est par les images que les anciens peignaient les choses. Voici comme parle un auteur dont j'ai retenu les paroles. Représentezvous, dit-il, une femme coquette : primo, son habit est en pretintailles ; au lieu de grâces, je lui vois des mouches ; au lieu de visage, elle a des mines ; elle n'agit point, elle gesticule ; elle ne regarde point, elle lorgne ; elle ne marche pas, elle voltige ; elle ne plaît point, elle séduit ; elle n'occupe point, elle amuse ; on la croit belle, et moi je la tiens ridicule, et c'est à cette impertinente femme que ressemble l'esprit d'à présent, dit l'auteur.

LA MARQUISE

J'entends bien.

L'esprit des anciens, au contraire, continue-t-il, ah ! c'est une beauté si mâle, que pour démêler qu'elle est belle, il faut se douter qu'elle l'est : simple dans ses façons, on ne dirait pas qu'elle ait vu le monde ; mais ayez seulement le courage de vouloir l'aimer, et vous parviendrez à la trouver charmante =

LA MARQUISE

En voilà assez, je vous comprends : nous sommes plus affectés, et les anciens plus grossiers.

HORTENSIUS

Que le ciel m'en garde, madame ; jamais Hortensius...

LA MARQUISE

Changeons de discours ; que nous lirez- vous aujourd'hui ?

HORTENSIUS

Je m'étais proposé de vous lire un peu du Traité de la patience, chapitre premier, du Veuvage.

LA MARQUISE

Oh ! prenez autre chose ; rien ne me donne moins de patience que les traités qui en parlent.

HORTENSIUS

Ce que vous dites est probable.

LA MARQUISE

J'aime assez l'éloge de l'amitié, nous en lirons quelque chose.

Je vous suppHerai de m'en dispenser, madame ; ce n'est pas la peine, pour le peu de temps que nous avons à rester ensemble, puisque vous vous mariez avec monsieur le comte.

LA MARQUISE

Moi !

HORTENSIUS

Oui, madame ; au moyen duquel mariage je deviens à présent un serviteur superflu, semblable à ces troupes qu'on entretient pendant la guerre et que Ton casse à la paix : je combattais vos passions, vous vous accommodez avec elles, et je me retire avant qu'on me réforme.

LA MARQUISE

Vous tenez là de joHs discours, avec vos passions ; il est vrai que vous êtes assez propre à leur faire peur, mais je n'ai que faire de vous pour les

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