ACTE II — SCÈNE IX
LA MARQUISE
Ah ! je demeurerai neutre, si la querelle continue ; car je m'imagine que vous ne voudrez pas la recommencer : nos occupations vous ennuient, n'est-il pas vrai ?
LE CHEVALIER
Il faut être plus tranquille que je ne suis, pour réussir à s'amuser.
LA MARQUISE
Ne vous gênez point, chevalier, vivons sans façon ; vous voulez peut-être être seul : adieu^ je vous laisse.
LE CHEVALIER
Il n'y a plus de situation qui ne me soit à charge.
LA MARQUISE
Je voudrais de tout mon cœur pouvoir vous calmer l'esprit.
(Elle parle lentement.) LE CHEVALIER, pendant qu'elle marche.
Ah ! je m'attendais à plus de repos quand j'ai rompu mon voyage ; je ne ferai plus de projets, je vois bien que je rebute tout le monde.
LA MARQUISE, s'arrêtant au milieu du théâtre.
Ce que je lui entends dire là me touche ; il ne serait pas généreux de le quitter dans cet état-là. (Elle revient.) Non, chevalier, vous ne me rebutez point ; ne cédez point à votre douleur : tantôt vous partagiez mes chagrins, vous étiez sensible à la part que je prenais aux vôtres, pourquoi n'êtesvous plus de même ? C'est cela qui me rebuterait, par exemple, car la véritable amitié veut qu'on fasse quelque chose pour elle, elle veut consoler.