‹ ThéâtreChapitre 246 sur 405 · SCÈNE PREMIÈRE SILVIA, LISETTE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE SILVIA, LISETTE

SILVIA

Mais, encore une fois, de quoi vous mêlez-vous ? Pourquoi répondre de mes sentiments ?

LISETTE

C'est que j'ai cru que, dans cette occasion-ci, vos sentiments ressembleraient à ceux de tout le monde. Monsieur votre père me demande si vous êtes bien aise qu'il vous marie, si vous en avez quelque joie : moi, je lui réponds que oui ; cela va tout de suite ; et il n'y a peut-être que vous de fille au monde, pour qui ce oui-lk ne soit pas vrai ; le non n'est pas naturel.

SILVIA

Le non n'est pas naturel ! quelle sotte naïveté ! Le mariage aurait donc de grands charmes pour vous ?

LISETTE

Eh bien, c'est encore oui, par exemple.

SILVIA

Taisez-vous ; allez répondre vos impertinences ailleurs, et sachez que ce n'est pas à vous à juger de mon cœur par le vôtre.

LISETTE

Mon cœur est fait comme celui de tout le monde. De quoi le vôtre s'avise-t-il de n'être fait comme celui de personne ?

SILVIA

Je vous dis que, si elle osait, elle m'appellerait une originale.

LISETTE

Si j'étais votre égale, nous verrions.

SILVIA

Vous travaillez à me fâcher, Lisette.

Ce n'est pas mon dessein. Mais dans le fond, voyons, quel mai ai-je fait de dire à monsieur Origon que vous étiez bien aise d'être mariée ?

SILVIA

Premièrement, c'est que tu n'as pas dit vrai ; je ne m'ennuie pas d'être fille.

LISETTE

Cela est encore tout neuf.

SILVIA

C'est qu'il n'est pas nécessaire que mon père croie me faire tant de plaisir en me mariant, parce que cela le fait agir avec une confiance qui ne ser^'ira peut-être de rien.

LISETTE

Quoi ! vous n'épouserez pas celui qu'il vous destine ?

SILVIA

Que sais-je? peut-être ne me conviendra-t-il point, et cela m'inquiète.

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