‹ ThéâtreChapitre 268 sur 405 · SCENE III LISETTE, ARLEQUIN · texte numérisé non relu

SCENE III LISETTE, ARLEQUIN

arlequin.

Madame, il dit que je ne m'impatiente pas ; il en parle bien à son aise, le bonhomme !

J'ai de la peine à croire qu'il vous en coûte tant d'attendre, monsieur ; c'est par galanterie que vous faites l'impatient ; à peine êtes-vous arrivé ! Votre amour ne saurait être bien fort ; ce n'est tout au plus qu'un amour naissant.

arlequin.

Vous vous trompez, prodige de nos jours ; un amour de votre façon ne reste pas longtemps au berceau ; votre premier coup d'œil a fait naître le mien, le second lui a donné des forces et le troisième l'a rendu grand garçon; tâchons de l'étabhr au plus vite ; ayez soin de lui, puisque vous êtes sa mère.

LISETTE

Trouvez- VOUS qu'on le maltraite ? Est-il si abandonné ?

ARLEQUIN

En attendant qu'il soit pourvu, donnez-lui seulement votre belle main blanche, pour l'amuser un peu.

LISETTE

Tenez donc, petit importun, puisqu'on ne saurait avoir la paix qu'en vous amusant.

ARLEQUIN, en lui baisant la main.

Cher joujou de mon âme ! cela me réjouit comme du \in délicieux. Quel dommage de n'en avoir que roquille !

LISETTE

Allons, arrêtez-vous ; vous êtes trop a\âde.

Je ne demande qu'à me soutenir, en attendant que je vive.

LISETTE

Ne faut-il pas avoir de la raison ?

ARLEQUIN

De la raison ! hélas ! je l'ai perdue ; vos beaux yeux sont les filous qui me l'ont volée.

LISETTE

Mais est-il possible que vous m'aimiez tant ? je ne saurais me le persuader.

ARLEQUIN

Je ne me soucie pas de ce qui est possible, moi ; mais je vous aime comme un perdu, et vous ven-ez bien dans votre miroir que cela est juste.

LISETTE

Mon miroir ne servirait qu'à me rendre plus incrédule.

ARLEQUIN

Ah ! mignonne adorable ! votre humilité ne serait donc qu'une hypocrite !

LISETTE

Quelqu'un vient à nous ; c'est votre valet.

Page 1