‹ ThéâtreChapitre 271 sur 405 · ACTE II — SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II — SCÈNE V

ARLEQUIN

Dites-moi un petit brin que vous m'aimez. Tenez, je vous aime, moi ; faites l'écho ; répétez, princesse.

LISETTE

Quel insatiable ! Eh bien, monsieur, je vous aime.

ARLEQUIN

Eh bien, madame, je me meurs ; mon bonheur me confond, j'ai peur d'en courir les champs. Vous m'aimez ! cela est admirable !

LISETTE

J'aurais heu à mon tour d'être étonnée de la promptitude de votre hommage. Peut-être m'aimerez-vous moins quand nous nous connaîtrons mieux.

ARLEQUIN

Ah ! madame, quand nous en serons là, j'y perdrai beaucoup ; il y aura bien à décompter.

LISETTE

Vous me croyez plus de qualités que je n'en ai.

Et vous, madame, vous ne savez pas les miennes, et je ne devrais vous parler qu'à genoux.

LISETTE

Souvenez-vous qu'on n'est pas le maître de son sort.

ARLEQUIN

Les pères et mères font tout à leur tête.

LISETTE

Pour moi, mon cœur vous aurait choisi, dans quelque état que vous eussiez été.

ARLEQUIN

Il a beau jeu pour me choisir encore.

386 LE JEU DE L'AMOUR ET DU HASARD j

LISETTE

Puis-je me flatter que vous soyez de même à mon éerard ?

ARLEQUIN

Hélas ! quand vous ne seriez que Perrette ou Margot ; quand je vous aurais vue, le martinet à la main, descendre à la cave, vous auriez toujours été ma princesse. j,^^^^^

Puissent de si beaux sentiments être durables !

ARLEQUIN

Pour les fortifier de part et d'autre, jurons-nous de nous aimer toujours, en dépit de toutes les fautes d'orthographe que vous aurez faites sur mon compte.

LISETTE

J'ai plus d'intérêt à ce serment-là que vous, et je le fais de tout mon cœur.

ARLEQLIN se met à genoux.

Votre bonté m' éblouit et je me prosterne devant eUe.

LISETTE

Arrêtez-vous ; je ne saurais vous souffrir dans cette posture-là, je serais ridicule de vous y laisser ; levez-vous. Voilà encore quelqu'un.

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