‹ ThéâtreChapitre 278 sur 405 · ACTE II — SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE II — SCÈNE IX

DORANTE

Et moi, je ne te perds point de vue.

SILVIA

Tiens, Bourguignon, une bonne fois pour toutes, demeure, va-t'en, reviens, tout cela doit m'être indifférent, et me l'est en effet ; je ne te veux ni bien ni mal ; je ne te hais, ni ne t'aime, ni ne t'aimerai, à moins que l'esprit ne me tourne. Voilà mes dispositions ; ma raison ne m'en permet point d'autres, et je devrais me dispenser de te le dire.

Mon malheur est inconcevable. Tu m'ôtes peutêtre tout le repos de ma vie.

SILVIA

Quelle fantaisie il s'est allé mettre dans l'esprit ! Il me fait de la peine. Reviens à toi. Tu me parles, je te réponds ; c'est beaucoup, c'est trop même ; tu peux m'en croire, et, si tu étais instruit, en vérité, tu serais content de moi ; tu me trouverais d'une bonté sans exemple, d'une bonté que je blâmerais dans une autre. Je ne me la reproche pourtant pas ; le fond de mon cœur me rassure, ce que je fais est louable. C'est par générosité que je te parle ; mais il ne faut pas que cela dure ; ces générosités-là ne sont bonnes qu'en passant, et je ne suis pas faite pour me rassurer toujours sur l'innocence de mes intentions ; à la fin, cela ne ressemblerait plus à rien. Ainsi, finissons, Bourguignon ; finissons, je t'en prie. Qu'est-ce que cela signifie ? c'est se moquer ; allons, qu'il n'en soit plus parlé.

DORANTE

Ah ! ma chère Lisette, que je souffre ! I. i-^a

SILVIA

Venons à ce que tu voulais me dire. Tu te plaignais de moi, quand tu es entré ; de quoi était-il question ?

DORANTE

De rien, d'une bagatelle ; j'avais en^/ie de te voir, et je crois que je n'ai pris qu'un prétexte.

SILVIA, à part.

Que dire à cela ? Quand je m'en fâcherais, il n'en serait ni plus ni moins.

DORANTE

Ta maîtresse, en partant, a paru m'accuser de t'avoir parlé au désavantage de mon maitre.

SILVIA

Elle se l'imagine ; et, si elle t'en parle encore, tu peux le nier hardiment ; je me charge du reste.

DORANTE

Eh ! ce n'est pas cela qui m'occupe.

SILVIA

Si tu n'as que cela à me dire, nous n'avons plus que faire ensem.ble.

^ DORANTE

Laisse-moi du moins le plaisir de te voir.

SILVIA

Le beau motif qu'il me fournit là ! J'amuserai la passion de Bourguignon ! Le souvenir de tout ceci me fera bien rire un j our.

DORANTE

Tu me railles, tu as raison ; je ne sais ce que je dis, ni ce que je te demande. Adieu.

SILVIA

Adieu ; tu prends le bon parti... Mais, à propos

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