‹ ThéâtreChapitre 282 sur 405 · ACTE II — SCÈNE XI · texte numérisé non relu

ACTE II — SCÈNE XI

SILVIA

Quelque chose dans votre tête, à la bonne heure, mon frère ; mais, dans la mienne, il n'y a que l'étonnement de ce que vous dites.

MONSIEUR ORGON

C'est donc ce garçon qui vient de sortir qui t'inspire cette extrême antipathie que tu as pour son maître ?

Qui ? le domestique de Dorante ?

MONSIEUR ORGON

Le galant Bourguignon.

SILVIA

Le galant Bourguignon, dont je ne savais pas l'épithète, ne me parle pas de lui.

MONSIEUR ORGON

Cependant, on prétend que c'est lui qui le détruit auprès de toi, et c'est sur quoi j'étais bien aise de te parler.

SILVIA

Ce n'est pas la peine, mon père ; personne au monde que son maître ne m'a donné l'aversion naturelle que j'ai pour lui.

MARIO

Ma foi ! tu as beau dire, ma sœur ; elle est trop forte pour être naturelle, et quelqu'un y a aidé.

SILVIA, avec vivacité.

Avec quel air mystérieux vous me dites cela, mon frère ! Et qui est donc ce quelqu'un qui y a aidé ? Voyons.

MARIO

Dans quelle humeur es-tu, ma sœur ? Comme tu t'emportes !

SÎLVIA.

C'est que je suis bien lasse de mon personnage, et je me serais déjà démasquée, si je n'avais pas craint de fâcher mon père.

MONSIEUR ORGON

Gardez- vous-en bien, ma fille ; je viens ici pour vous le recommander. Puisque j'ai eu la complaisance de vous permettre votre déguisement, il faut, s'il vous plaît, que vous ayez celle de suspendre votre jugement sur Dorante, et de voir si l'aversion qu'on vous a donnée pour lui est légitime.

SILVIA

Vous ne m'écoutez donc point, mon père ? Je vous dis qu'on ne me l'a point donnée.

MARIO

Quoi ! ce babillard qui vient de sortir ne t'a pas un peu dégoûtée de lui ?

SILVIA, avec feu.

Que vos discours sont désobligeants ! m'a dégoûtée de lui ! dégoûtée ! J'essuie des expressions bien étranges ; je n'entends plus que des choses inouïes, qu'un langage inconcevable; j'ai l'air embarrassé, il y a quelque chose ; et puis c'est le galant Bourguignon qui m'a dégoûtée. C'est tout ce qui vous plaira, mais je n'y entends rien.

MARIO

Pour le coup, c'est toi qui es étrange. A qui en as-tu donc ? D'où vient que tu es si fort sur le quivive ? Dans quelle idée nous soupçonnes-tu ?

SILVIA

Courage, mon frère ! Par quelle fatalité aujourd'hui ne pouvez-vous me dire un mot qui ne me

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