‹ ThéâtreChapitre 285 sur 405 · ACTE II — SCÈNE XII · texte numérisé non relu

ACTE II — SCÈNE XII

DORANTE

Tu te trompes, Lisette; tu m'as promis le secret; achevons. Tu m'as vu dans de grands mouvements ; je n'ai pu me défendre de t'aimer.

SILVIA

Nous y voilà ; je me défendrai bien de t'entendre, moi ; adieu.

DORANTE

Reste ; ce n'est plus Bourguignon qui te parle.

SILVIA

Eh ! qui es-tu donc ?

Ah, Lisette ! c'est ici que tu vas juger des peines qu'a dû ressentir mon cœur.

SILVIA

Ce n'est pas à ton cœur que je parle, c'est à toi.

DORANTE

Personne ne vient-il ?

SILVIA

Non.

DORANTE

L'état où sont toutes les choses me force à te le dire ; je suis trop honnête homme pour n'en pas arrêter le cours.

SILVIA

Soit.

DORANTE

Sache que celui qui est avec ta maîtresse n'est pas ce qu'on pense.

SILVIA, vivement.

Qui est-il donc ?

4o6 LE JEU DE L'AMOUR ET DU HASARD

DORANTE

Un valet.

Après ?

DORANTE

C'est moi qui suis Dorante.

SILVIA, à part.

Ah ! je vois clair dans mon cœur.

DORANTE

Je voulais sous cet habit pénétrer un peu ce que c'était que ta maîtresse, avant de l'épouser. Mon père, en partant, me permit ce que j'ai fait, et l'événement m'en paraît un songe. Je hais la maîtresse dont je devais être l'époux, et j'aime la suivante qui ne devait trouver en moi qu'un nouveau maître. Que faut-il que je fasse à présent? Je rougis pour elle de le dire, mais ta maîtresse a si peu de goût qu'elle est éprise de mxon valet au point qu'elle l'épousera si on la laisse faire. Quel parti prendre ?

SILVIA, à part.

Cachons-lui qui je suis... (Haut.) Votre situation est neuve assurément ! Mais, monsieur, je vous fais d'abord mes excuses de tout ce que mes discours ont pu avoir d'irrégulier dans nos entretiens.

DORANTE, vivement.

Tais-toi, Lisette ; tes excuses me chagrinent, elles me rappellent la distance qui nous sépare, et ne me la rendent que plus douloureuse.

SILVIA

Votre penchant pour moi est-il sérieux ? m'aimez- vous jusque-là ?

DORANTE

Au point de renoncer à tout engagement puisqu'il

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