‹ ThéâtreChapitre 294 sur 405 · ACTE III — SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III — SCÈNE IV

ui que tout ce que tu as fait jusqu'ici, ma fiUe ; mais en voilà assez.

MARIO

Mais où en est -il précisément, ma sœur ?

SILVIA

Hélas ! mon frère, je vous avoue que j'ai lieu d'être contente.

MARIO

Hélas ! mon frère, dit-elle. Sentez-vous cette paix douce qui se mêle à ce qu'elle dit ?

MONSIEUR ORGON

Quoi ! ma fille, tu espères qu'il ira jusqu'à t'offrir sa main dans le déguisement où te voilà ?

SILVIA

Oui, mon cher père, je l'espère.

MARIO

Friponne que tu es ! avec ton cher père, tu ne nous grondes plus à présent, tu nous dis des douceurs.

SILVIA

Vous ne me passez rien.

MARIO

Ah ! ah ! je prends ma revanche ; tu m'as tantôt chicané sur mes expressions ; il faut bien à mon tour que je badine un peu sur les tiennes ; ta joie est bien aussi divertissante que l'était ton inquiétude.

MONSIEUR ORGON

Vous n'aurez point à vous plaindre de moi, ma fille ; j'acquiesce à tout ce qui vous plaît.

SILVIA

Ah ! monsieur, si vous saviez combien je vous aurai d'obligation ! Dorante et moi, nous sommes I. 14

4i8 LE JEU DE L'AMOUR ET DU HASARD

destinés l'un à l'autre. Il doit m'épouser ; si vous saviez combien je lui tiendrai compte de ce qu'il fait aujourd'hui pour moi, combien mon coeur gardera le souvenir de l'excès de tendresse qu'il me montre ! si vous saviez combien tout ceci va rendre notre union aimable ! Il ne pourra jamais se rappeler notre histoire sans m'aimer ; je n'y songerai jamais, que je ne l'aime. Vous avez fondé notre bonheur pour la vie, en me laissant faire ; c est un mariage unique ; c'est une aventure dont le seul récit est attendrissant ; c'est le coup de hasard le plus singulier, le plus heureux, le plus...

MARIO

Ah ! ah ! ah ! que ton cœur a de caquet, ma sœur ! quelle éloquence !

MONSIEUR ORGON

Il faut convenir que le régal que tu te donnes

est charmant, surtout si tu achèves.

SILVIA

Cela vaut fait, Dorante est vaincu, j'attends mon captif.

MARIO

Ses fers seront plus dorés qu'il ne pense ; mais je lui crois l'âme en peine, et j'ai pidé de ce qu'il souffre.

SILVIA

Ce qui lui en coûte à se déterminer ne me le rend que plus estimable. Il pense qu'il chagrinera son père en m'épousant ; il croit trahir sa fortune et sa naissance. Voilà de grands sujets de réflexions ; je serai charmée de triompher. Mais il faut que j'arrache m.a victoire, et non pas qu'il me la donne ; je veux un combat entre l'amour et la raison.

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