SCÈNE VI LISETTE, ARLEQUIN
ARLEQUIN
Enfin, ma reine, je vous vois et je ne vous quitte plus ; car j'ai trop pâti d'avoir manqué de votre présence, et j'ai cru que vous esquiviez la mienne.
LISETTE
Il faut vous avouer, monsieur, qu'il en était quelque chose.
ARLEQUIN
Comment donc, ma chère âme, élixir de mon cœur, avez- vous entrepris la fin de ma vie ?
LISETTE
Non, mon cher ; la durée m'en est trop précieuse.
ARLEQUIN
Ah ! que ces paroles me fortifient I
LISETTE
Et vous ne devez point douter de ma tendresse.
ARLEQUIN
Je voudrais bien pouvoir baiser ces petits motslà, et les cueillir sur votre bouche avec la mienne.
LISETTE
Mais vous me pressiez sur notre mariage, et mon père ne m'avait pas encore permis de vous ré-
pondre ; je viens de lui parler, et j'ai ^on aveu pour vous dire que vous pouvez lui demander ma main quand vous voudrez. j
ARLEQUIN
Avant que je la demande à lui, souffrez que je la demande à vous ; je veux lui rendre mes grâces de la charité qu'elle aura de vouloir bien entrer dans la mienne, qui en est véritablement indigne.
LISETTE
Je ne refuse pas de vous la prêter un moment, à condition que vous la prendrez pour toujours.
ARLEQUIN
Chère petite main rondelette et potelée, je vous prends sans marchander. Je ne suis pas en peine T de l'honneur que vous me ferez ; il n'y a que celui que je vous rendrai qui m'inquiète.
LISETTE
Vous m'en rendrez plus qu'il ne m'en faut.
ARLEQUIN
Ah ! que nenni ; vous ne savez pas cette arithmétique-là aussi bien que moi.
LISETTE
Je regarde pourtant votre amour comme un • présent du ciel.
ARLEQUIN
Le présent qu'il vous a fait ne le ruinera pas ; il est bien mesquin.
Je ne le trouve que trop magnifique.
ARLEQUIN
C'est que vous ne le voyez pas au grand jour.