SCÈNE PREMIÈRE DORANTE, BLAISE
DORANTE
Eh bien ! maître Biaise, que me veux-tu ? Parle, puis- je te rendre quelque service ?
BLAISE
Oh 1 dame ! comme c'dit l'autre, vous en êtes bian capable.
^ DORANTE
De quoi s'agit-il ?
BLAISE
Morgue ! v'ià bien monsieur Dorante ; quand faut sarvir le monde, jarnicoton ! ça ne barguigne point. Que ça est agriable ! le biau naturel d'homme ! dorante.
Voyons ; je serai charmé de t'être utile.
BLAISE
Oh ! point du tout : c'est vous, monsieur, qui charmez les autres.
DORANTE
Explique-toi.
BLAISE
Boutez d'abord dessus.
DORANTE
Non ; je ne me couvre jamais.
486 L'HEUREUX STR.\TAGÈME
BLAISE
C'est bian fait à vous. Moi, je me couvTe toujours ; ce n'est pas mal fait non pus.
DOIL\NTE.
Parle...
BL.AJSE, riant.
Eh ! eh bien ! qu'est-ce ? Comment vous va, monsieur Dorante ? Toujours gros et gras. J'ons vu le temps que vous étiez mince ; mais, morgue ! ça s'est bian amendé. Vous v'ià bian en char.
DOIL\NTE.
Tu avais, ce me semble, quelque chose à me dire ; entre en matière sans compliment.
BLAISE
Oh î c'est un petit bout de ci\àHté en passant, comme ça se doit.
DORANTE
C'est que j'ai affaire.
BL.\ISE.
Morgue ! tant pis ; les affaires baillont du souci.
Dans un moment, il faut que je te quitte ; achève.
BLAISE
Je commence. C'est que je venons par rapport à noute fille, pour l'amour de ce qu'aile va être la femme d'Arlequin, voûte valet.
DORANTE
Je le sais.
BLAISE
Dont je savons qu'vous êtes consentant, à cause qu'aile est femme de chambre de madame la comtesse, qui va vous prendre itou pour son homme.