‹ ThéâtreChapitre 344 sur 405 · ACTE I — SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I — SCÈNE IV

guais, vous dis-je, et je le distingue encore ; mais rien ne m'engage avec lui ; et comme il te parle quelquefois, et que tu crois qu'il m'aime, je venais te dire qu'il faut que tu le disposes adroitement à se tranquilliser sur mon chapitre.

LISETTE

Et le tout en faveur de monsieur le chevalier Damis, qui n'a vaillant qu'un accent gascon dont vous vous amusez ? Que vous avez le cœur inconstant ! Avec autant de raison que vous en avez, comment pouvez-vous être infidèle ? car on dira que vous l'êtes.

LA COMTESSE

Eh bien ! infidèle soit, puisque tu veux que je le sois. Crois-tu me faire peur avec ce grand mot ? Infidèle ! ne dirait-on pas que ce soit une grande injure ? Il y a comme cela des mots dont on épouvante les esprits faibles, qu'on a mis en crédit, faute de réflexion, et qui ne sont pourtant rien.

LISETTE

Ah ! madame, que dit es- vous là ? Comme vous êtes aguerrie là-dessus ! Je ne vous croyais pas si désespérée. Un cœur qui trahit sa foi, qui manque à sa parole !

Eh bien ! ce cœur qui manque à sa parole, quand il en donne mille, il fait sa charge ; quand il en trahit mille, il la fait encore ; il va comme ses mouvements le mènent, et ne saurait aller autrement. Qu'est-ce que c'est que l'étalage que tu me fais là ? Bien loin que l'infidélité soit un crime, je soutiens, moi, qu'il ne faut pas un moment hésiter d'en faire une, quand on en est tenté, à moins que de vouloir tromper les gens ; ce que nous devons éviter, à quelque prix que ce soit.

LISETTE

Mais, mais... de la manière dont vous tournez cette affaire-là, je crois, de bonne foi, que vous avez raison. Oui, je comprends que l'infidélité est quelquefois de devoir; je ne m'en serais jamais doutée.

LA COMTESSE

Tu vois pourtant que cela est clair.

LISETTE

Si clair, que je m'examine à présent pour savoir si je ne serai pas moi-même obligée de faire une infidélité.

LA COMTESSE

Dorante est en vérité plaisant ! X'oserais-je, à cause qu'il m'aime, distraire un regard de mes yeux ? X'appartiendra-t-il qu'à lui de me trouver jeune et aimable ? Faut-il que j'aie cent ans pour tous les autres, que j'enterre tout ce que je vaux, que je me dévoue à la plus triste stérilité de plaisir qu'il soit possible d'imaginer ?

C'est apparemment ce qu'il prétend.

LA COMTESSE

Sans doute ; avec ces messieurs-là, voilà comment il faudrait vivre. Si vous les en croyez, il n'y a plus pour vous qu'un seul homme, qui doit composer tout votre univers ; tous les autres sont rayés, ce sont autant de morts pour vous. Peutêtre que votre amour-propre n'y trouve point son compte, et qu'il les regrette quelquefois. Eh ! qu'il pâtisse ; la sotte fidélité lui a fait sa part. Elle lui laisse un captif pour sa gloire ; qu'il s'en amuse comme il pourra, et qu'il prenne patience. Quel abus, Lisette, quel abus ! Va, va, parle à

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