ACTE I — SCÈNE VIII
venger qui nous sera plus commode à tous deux. Je veux bien punir la comtesse ; mais en la punissant, je veux vous la rendre, et je vous la rendrai.
Quoi ! la comtesse reviendrait à moi ?
LA MARQUISE
Oui, plus tendre que jamais.
DORANTE
Serait-il possible ?
LA MARQUISE
Et sans qu'il vous en coûte la peine de m'aimer.
DORANTE
Comme il vous plaira.
LA MARQUISE
Attendez pourtant. Je vous dispense d'amour pour moi ; mais c'est à condition d'en feindre.
DORANTE
Oh ! de tout mon cœur ; je tiendrai toutes les conditions que vous voudrez.
LA MARQUISE
Vous aimait-elle beaucoup ?
DORANTE
Il me le paraissait.
LA MARQUISE
Était-elle persuadée que vous l'aimiez de même?
DORANTE
Je vous dis que je l'adore, et qu'elle le sait.
Tant mieux qu'elle en soit sûre.
5o6 L'HEUREUX STRATAGÈME
DORANTE
Mais du chevalier, qui vous a quittée et qui l'aime, qu'en ferons-nous ? Lui laisserons-nous le temps d'être aimé de la comtesse ?
LA MARQUISE
Si la comtesse croit l'aimer, elle se trompe ; elle n'a voulu que me l'enlever. Si elle croit ne vous plus aimer, elle se trompe encore ; il n'y a que sa coquetterie qui vous néglige.
DORANTE
Cela se pourrait bien.
LA MARQUISE
Je connais mon sexe ; laissez-moi faire. Voici commuent il faut s'y prendre... Mais on vient ; remettons à concerter ce que j'imagine.