‹ ThéâtreChapitre 353 sur 405 · ACTE I — SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE I — SCÈNE VIII

venger qui nous sera plus commode à tous deux. Je veux bien punir la comtesse ; mais en la punissant, je veux vous la rendre, et je vous la rendrai.

Quoi ! la comtesse reviendrait à moi ?

LA MARQUISE

Oui, plus tendre que jamais.

DORANTE

Serait-il possible ?

LA MARQUISE

Et sans qu'il vous en coûte la peine de m'aimer.

DORANTE

Comme il vous plaira.

LA MARQUISE

Attendez pourtant. Je vous dispense d'amour pour moi ; mais c'est à condition d'en feindre.

DORANTE

Oh ! de tout mon cœur ; je tiendrai toutes les conditions que vous voudrez.

LA MARQUISE

Vous aimait-elle beaucoup ?

DORANTE

Il me le paraissait.

LA MARQUISE

Était-elle persuadée que vous l'aimiez de même?

DORANTE

Je vous dis que je l'adore, et qu'elle le sait.

Tant mieux qu'elle en soit sûre.

5o6 L'HEUREUX STRATAGÈME

DORANTE

Mais du chevalier, qui vous a quittée et qui l'aime, qu'en ferons-nous ? Lui laisserons-nous le temps d'être aimé de la comtesse ?

LA MARQUISE

Si la comtesse croit l'aimer, elle se trompe ; elle n'a voulu que me l'enlever. Si elle croit ne vous plus aimer, elle se trompe encore ; il n'y a que sa coquetterie qui vous néglige.

DORANTE

Cela se pourrait bien.

LA MARQUISE

Je connais mon sexe ; laissez-moi faire. Voici commuent il faut s'y prendre... Mais on vient ; remettons à concerter ce que j'imagine.

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