SCÈNE PREMIÈRE DORANTE, ARLEQUIN
DORANTE
Viens, j'ai à te dire un mot.
ARLEQUIN
Une douzaine, si vous voulez.
DORANTE
Arlequin, je te vois à tout moment chercher Lisette, et courir après elle.
ARLEQUIN
Eh pardi ! si je veux l'attraper, il faut bien que je coure après, car elle fuit.
DORANTE
Dis-moi ; préfères-tu mon service à celui d'un autre ?
ARLEQUIN
Assurément ; il n'y a que le mien qui ait la préférence, comme de raison. D'abord moi, ensuite vous, voilà comme cela est arrangé dans mon esprit ; et puis le reste du monde va comme il peut.
DORANTE
Si tu me préfères à un autre, il s'agit de prendre ton parti sur le chapitre de Lisette.
ARLEQUIN
Mais, monsieur, ce chapitre-là ne vous regarde pas ; c'est de l'amour que j'ai pour elle, et vous n'avez que faire de l'amour ; vous n'en voulez point.
DORANTE
Non ; mais je te défends d'en parler jamais à Lisette. Je veux même que tu l'évites ; je veux que tu la quittes, que tu rompes avec elle.
ARLEQUIN
Pardi ! monsieur, vous avez là des volontés qui ne ressemblent guère aux miennes. Pourquoi ne nous accordons-nous pas aujourd'hui comme hier ?
DORANTE
C'est que les choses ont changé ; c'est que la comtesse pourrait me soupçonner d'être curieux de ses démarches, et de me servir de toi auprès de Lisette pour les savoir. Laisse-la en repos ; je te récompenserai du sacrifice que tu me feras.
ARLEQUIN
Monsieur, le sacrifice me tuera, avant que les récompenses ne \'iennent.
Oh ! point de réplique. Marton, qui est à la marquise, vaut bien ta Lisette ; on te la donnera.
ARLEQUIN
Quand on me donnerait la marquise par-dessus le marché, on me volerait encore.
DORANTE
Il faut opter pourtant. Lequel aimes-tu mieux,
de ton congé, ou de Marton ?
ARLEQUIN
Je ne saurais le dire ; je ne connais ni l'un ni l'autre.