‹ ThéâtreChapitre 395 sur 405 · ACTE III — SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE III — SCÈNE VI

Sarle non plus que si elle n'était pas au monde. . ne s'agit pas d'elle. En vérité, cette femme-là n'est pas faite pour m'effaccr de son cœur, et je ne m'y attends pas.

LISETTE

Eh ! madame, elle n'est que trop aimable.

LA COMTESSE

Que trop ! Êtes-vous folle ?

LISETTE

Du moins peut-elle plaire. Ajouter à cela votre infidélité ; c'en est assez pour guérir Dorante.

LA COMTESSE

Mais, mon infidélité, où est-elle ? Je veux mourir, si j'ai jamais eu à me la reprocher.

LISETTE

Je la sais de vous-même. D'abord, vous avez nié que c'en fût une, parce que vous n'aimiez pas Dorante, disiez-vous. Ensuite vous m'avez prouvé qu'elle était innocente. Enfin, vous m'en avez fait l'éloge, et si bien l'éloge, que je me suis mise à vous imiter ; ce dont je me suis bien repentie

<^«P"'^- LA COMTESSE

Eh bien ! mon enfant, je me trompais ; je parlais d'infidéhté sans la connaître.

Pourquoi donc n'avez-vous rien épargné de cruel pour vous ôter Dorante ?

LA COMTESSE

Je n'en sais rien, mais je l'aime, et tu m'accables ; tu me pénètres de douleur. Je l'ai maltraité, j'en conviens. J'ai tort, un tort affreux, un tort que je ne me pardonnerai jamais, et qui ne mérite

pas qu'on l'oublie ! Que veux-tu que je te dise de plus ? Je me condamne ; je me suis mal conduite, il est vrai. ^^^--^

LISETTE

Je vous le disais bien, avant que vous m'eussiez gagnée. ^^ comtesse.

Misérable amour-propre de femme, misérable vanité d'être aimée, voilà ce que vous me coûtez ! J'ai voulu plaire au chevalier, comme s'il en eût valu la peine ; j'ai voulu me donner cette preuve-là de mon mérite ; il manquait cet honneur à mes charmes. Les voilà bien glorieux ! J'ai fait la conquête du chevalier, et j'ai perdu Dorante !

LISETTE

Quelle différence !

LA COMTESSE

Bien plus, c'est que le chevalier est un homme que je hais naturellement quand je m'écoute ; un homme que j'ai toujours trouvé ridicule, que j'ai cent fois raillé moi-même, et qui me reste à la place du plus aimable homme du monde. Ah ! que je suis belle à présent !

Ne perdez point le temps à vous affliger, madame. Dorante ne sait pas que vous l'aimez encore. Le laissez-vous à la marquise ? Voulezvous tâcher de le ravoir ? Essayez, faites quelques démarches, puisqu'il a droit d'être fâché, et que vous êtes dans votre tort.

LA COMTESSE

Eh ! que veux-tu que je fasse pour un ingrat qui refuse de me parler, Lisette ? Il faut bien que j'y renonce. Est-ce là un procédé ? Toi, qui dis qu'il a droit d'être fâché, voyons, Lisette, est-ce

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