‹ ThéâtreChapitre 4 sur 405 · SCÈNE PREMIÈRE LA FÉE, TRIVELIN · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE LA FÉE, TRIVELIN

TRIVELIN, à la fée, qui soupire.

Vous soupirez, madame ; et, malheureusement pour vous, vous risquez de soupirer longtem.ps, si votre raison n'y met ordre. Me permettez- vous de vous dire ici mon sentiment ?

LA FÉE

Parle.

TRIVELIN

Le jeune homme que vous avez enlevé à ses parents est un beau brun, bien fait ; c'est la figure la plus charmante du monde. Il dormait dans un bois quand vous le vîtes, et c'était assurément voir l'Amour endormi. Je ne suis donc point surpris du penchant subit qui vous a prise pour lui.

LA FÉE

Est-il rien de plus naturel que d'aimer ce qui est aimable ?

TRIVELIN

Oh ! sans doute ; cependant, avant cette aventure, vous aimiez assez le grand enchanteur ^lerhn.

LA FÉE

Eh bien ! l'un me fait oubher l'autre ; cela est encore fort naturel.

C'est la pure nature ; mais il reste une petite

i8 ARLEQUIN POLI PAR L'AMOUR

observation à faire ; c'est que vous enlevez le jeune homme endormi, quand peu de jours après vous allez épouser le même Merlin qui en a votre parole. Oh ! cela devient sérieux ; et, entre nous, c'est prendre la nature un peu trop à la lettre. Cependant, passe encore; le pis qu'il en pouvait arriver, c'était d'être infidèle ; cela serait très vilain dans un homme ; mais dans une femme, cela est plus supportable. Quand une femme est fidèle, on l'admire ; mais il y a des fenomes modestes qui n'ont pas la vanité de vouloir être admirées. Vous êtes de celles-là ; moins de gloire, et plus de plaisir ; à la bonne heure !

LA FÉE

De la gloire à la place où je suis ! Je serais une grande dupe de me gêner pour si peu de chose.

TRI VELIN

C'est bien dit ; poursuivons. Vous portez le jeune homme endormi dans votre palais, et vous voilà à guetter le moment de son réveil ; vous êtes en habit de conquête et dans un attirail digne du mépris généreux que vous avez pour la gloire. Vous vous attendiez de la part du beau garçon à la surprise la plus amoureuse ; il s'éveiUe et vous salue du regard le plus imbécile que jamais nigaud ait porté. Vous vous approchez ; il bâille deux ou trois fois de toutes ses forces, s'allonge, se retourne et se rendort. Voi^à l'histoire curieuse d'un réveil qui promettait une scène si intéressante. Vous sortez en soupirant de dépit, et peut-être chassée par un ronflement de basse-taille, aussi nourri qu'il en soit. Une heure se passe ; il se réveille encore, et, ne voyant personne auprès de lui, il crie : Hé ! A ce cri galant, vous rentrez ; l'Amour se frottait les yeux. Que

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