ACTE I — SCÈNE VII
d'un sexe avec qui j'ai cru devoir rompre pour toute ma vie. Cela paraîtra bien bizarre ; je ne chercherai point à me justifier ; car il me reste un peu de poUtesse, et je craindrais d'entamer une matière qui me met toujours de mauvaise humeur ; et si je parlais, il pourrait, malgré moi, m'échapper des traits d'une incivilité qui vous déplairait, et que mon respect vous épargne.
COLOMBINE
Mort de ma vie ! madame, est-ce que ce discourslà ne vous remue pas la bile ? Allez, monsieur, tous les renégats font mauvaise fin ; vous viendrez quelque jour crier miséricorde et ramper aux pieds de vos maîtres, et ils vous écraseront comme un serpent. Il faut bien que justice se fasse.
LÉLIO
Si madame n'était pas présente, je vous dirais franchement que je ne vous crains ni ne vous aime.
Ne vous gênez point, monsieur. Tout ce que nous disons ici ne s'adresse point à nous ; regardonsnous comme hors d'intérêt. Et, sur ce pied-là, peut-on vous demander ce qui vous fâche si fort contre les femmes ?
LÉLIO
Ah ! madame, dispensez-moi de vous le dire ; c'est un récit que j'accompagne ordinairement de réflexions où votre sexe ne trouve pas son compte.
LA COMTESSE
Je vous devine ; c'est une infidélité qui vous a donné tant de colère.
LÉLIO
Oui, madame, c'est une infidéHté ; mais affreuse, mais détestable.
8o LA SURPRISE DE L'AMOUR
LA COMTESSE
N'allons point si vite. Votre maîtresse cessât-elle de vous aimer pom^ en aimer un autre ?
LÉLIO
En doutez-vous, madame ? La simple infidélité serait insipide et ne tenterait pas une femme sans l'assaisonnement de la perfidie.
LA COMTESSE
Quoi ! vous eûtes un successeur ? Elle en aima un autre ?
LÉLIO
Oui, madame. Comment ! cela vous étonne ? Voilà pourtant les femmes, et ces actions doivent vous mettre en pays de connaissance.
COLOMBINE
Le petit blasphémateur !
LA COMTESSE
Oui, votre maîtresse est une indigne, et l'on ne saurait trop la mépriser,
COLOMBINE
D'accord, qu'il la méprise ; il n'y a pas à tortiller, c'est une coquine celle-là.
LA COMTESSE
J'ai cru d'abord, moi, qu'elle n'avait fait que se dégoûter de vous et de l'amour, et je lui pardonnais en faveur de cela la sottise qu'elle avait eue de vous aimer. Quand je dis vous, je parle des hommes en général.
LÉLIO
Comment, madame ! ce n'est donc rien, à votre compte, que de cesser sans raison d'avoir de la tendresse pour un homme ?