ACTE I — SCÈNE VII
être, moyennant deux ou trois coups d'oeil flatteurs qu'il m'en coûterait, grâce à la tournure grotesque de l'esprit de l'homme, vous m'allez donner la comédie.
LÉLIO
Oh ! je vous défie de me faire payer ce tribut de fohe-là.
Ma foi, madame, cette expérience-là vous porterait malheur.
LÉLIO
Ah ! ah ! cela est plaisant ! Madame, peu de femmes sont aussi aimables que vous ; vous l'êtes tout autant que je suis sûr que vous croyez l'être; mais s'il n'y a que la comédie dont vous parlez qui puisse vous réjouir, en ma conscience, vous ne rirez de votre vie.
COLOMBINE
En ma conscience, vous me la donnez tous les deux, la comédie. Cependant, si j'étais à la place de madame, le défi me piquerait, et je ne voudrais pas en avoir le démenti.
LA COMTESSE
Non ; la partie ne me pique point, je la tiens gagnée. Mais comme à la campagne il faut voir quelqu'un, soyons amis pendant que nous y resterons ; je vous promets sûreté. Nous nous divertirons, vous à médire des femmes, et moi à mépriser les hommes.
LÉLIO
Volontiers.
COLOMBINE
Le joh commerce ! on n'a qu'à vous en croire ; les hommes tireront à l'orient, les femmes à
l'occident ; cela fera de belles productions, et nos petits-neveux auront bon air. Eh ! morbleu ! pourquoi prêcher la fin du monde ? Cela coupe la gorge à tout ; so}/ons raisonnables. Condamnez les amants déloyaux, les conteurs de sornettes, à être jetés dans la rivière une pierre au cou ; à merveille. Enfermez les coquettes entre quatre murailles, fort bien. Mais les amants fidèles, dressez-leur de belles et bonnes statues pour encourager le public. Vous riez ! Adieu, pauvres brebis égarées ; pour moi, je vais travailler à la conversion d'Arlequin. A votre égard, que le ciel vous assiste ! ]\Iais il serait curieux de vous voir chanter la palinodie ; je vous y attends. (EUe sort.)
LA COMTESSE
La folle ! Je vous quitte, monsieur ; j'ai quelques ordres à donner. N'oubliez pas, de grâce, ma recommandation pour ces paysans.