ACTE II — SCÈNE VI m
remplie de femmes et de tendresse ; ces maudites idées-là me suivent partout, et elles m'assiègent. Arlequin d'un côté, les folies de la comtesse de l'autre ; et toi aussi ?
JACQUELINE
Monsieur, c'est que je vians vous dire que je veux m'en aller.
LÉLIO
Pourquoi ?
JACQUELINE
C'est que Piarre ne m'aime plus ; ce misérablelà c'est amouraché de la fille à Thomas. Tenez, monsieur, ce que c'est que la cruauté des hommes ! Je l'ai vu qui batifolait avec elle ; moi, pour le faire venir, je lui ai fait comme ça avec le bras : « Hé ! hi ! allons » ; et le vilain qu'il est, m'a fait comme cela un geste du coude ; cela voulait dire : « Va te promener. » Oh ! que les hommes sont traîtres ! Voilà qui est fait, j'en suis si soûle que je n'en veux plus entendre parler ; et je vians pour cet effet vous demander mon congé.
LÉLIO
De quoi s'avise ce coquin-là, d'être infidèle ?
Je ne comprends pas cela ; il m'est avis que c'est un rêve.
LÉLIO
Tu ne le comprends pas ? C'est pourtant un vice dont il a plu aux femmes d'enrichir l'humanité.
JACQUELINE
Oui que ce soit, voilà de belles richesses qu'on a boutées là dans le monde.
LÉLIO
Va, va, Jacqueline, il ne faut pas que tu t'en ailles.
JACQUELINE
Oh ! monsieur, je ne veux pas rester dans le village ; car on est si faible ! Si ce garçon-là me recherchait, je ne sis pas rancuneuse, il y aurait du rapatriage, et je prétends être brouillée.
LÉLIO
Ne te presse pas ; nous verrons ce que dira la comtesse.
JACQUELINE
Hum ! la voilà, cette comtesse. Je m'en vas. Piarre est son valet, et ça me fâche itou contre elle.