‹ ThéâtreChapitre 79 sur 405 · ACTE II — SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE II — SCÈNE VII

LÉLIO, d'un air riant et piqué.

Ma foi ! madame, nous ne nous ennuierons donc point ensemble. Si je vous réjouis, vous n'êtes point ingrate. Vous espériez que je vous divertirais, mais vous ne m'aviez pas dit que je serais diverti. Quoi qu'il en soit, brisons là-dessus ; la comédie ne me plaît pas longtemps, et je ne veux être ni acteur ni spectateur.

LA COMTESSE, d'un ton badin.

Écoutez, monsieur : vous m'avouerez qu'un homme à votre place, qui se croit aimé, surtout quand il n'aime pas, se met en prise.

Je ne pense point que vous m'aimiez, madame ; vous me traitez mal, mais vous y trouvez du goût. N'usez point de prétexte ; je vous ai déplu d'abord, moi spécialement ; je l'ai remarqué ; et si je vous aimais, de tous les hommes qui pourraient vous aimer, je serais peut-être le plus humilié, le plus raillé et le plus à plaindre.

LA COMTESSE

D'où vous vient cette idée-là ? Vous vous trompez ; je serais fâchée que vous m'aimassiez, parce que j'ai résolu de ne point aimer ; mais quelque chose que j'aie dit, je croirais du moins devoir vous estimer.

LÉLIO

J'ai bien de la peine à le croire.

LA COMTESSE

Vous êtes injuste ; je ne suis pas sans discernement. Mais à quoi bon faire cette supposition, que, si vous m'aimiez, je vous traiterais plus mal qu'un autre ? La supposition est inutile ; puisque vous n'avez point envie de faire l'essai de mes

iiS LA SURPRISE DE L'AMOUR

manières, que vous importe ce qui en arriverait ? Cela vous doit être indifférent. Vous ne m'aimez pas ; car enfin, si je le pensais...

LÉLIO

Eh ! je vous prie, point de menaces, madame ; vous m'avez tantôt offert votre amitié ; je ne vous demande que cela, je n'ai besoin que de cela ; ainsi vous n'avez rien à craindre.

LA COMTESSE, d'un air froid.

Puisque vous n'avez besoin que de cela, monsieur, j'en suis ravie ; je vous l'accorde, j'en serai moins gênée avec vous.

LÉLIO

Moins gênée ? Ma foi ! madame, il ne faut pas que vous le soyez du tout. Tout bien pesé, je crois que nous ferons mieux de suivre les termes de votre billet.

LA COMTESSE

Oh ! de tout mon cœur ; allons, monsieur, ne nous voyons plus. Je fais présent de cent pistoles au neveu de mon fermier ; vous me ferez savoir ce que vous voulez donner à la fille, et je verrai si je souscrirai à ce mariage, puisque cette rupture va lever l'obstacle que vous y avez mis. Soyonsnous inconnus l'un à l'autre ; j'oublie que je vous ai vu ; je ne vous reconnaîtrai pas demain.

LÉLIO

Et moi, madame, je vous reconnaîtrai toute ma vie ; je ne vous oublierai point ; vos façons avec moi vous ont gravée pour jamais dans ma mémoire.

LA COMTESSE

Vous m'y donnerez la place qu'il vous plaira, je n'ai rien à me reprocher ; mes façons ont été celles d'une femme raisonnable.

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