‹ Theatre posthume de MJ. De Chénier, précédé de considérations sur la liberté du théatre en FranceChapitre 107 sur 286 · ACTE V, SCÈNE II. i · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE II. i

LE CHOEUR

O décret inhumain î fatale obéissance !

OEDIPE

Périsse le cruel qui , durant mon enfance ,

Sauva dans les forêts Œdipe abandonné,

Et brisa les liens dont j’étais enchaîné!

C’est lui qui m’a rendu meurtrier de mon père ,

Frère de mes enfans, et mari de ma mère.

LE CHOEUR

Votre supplice, OEdipe, est pire que la mort.

ŒDIPE. c

Ah! tout blessait ma vue; et, même au sombre bord,

T aurais de mes parens trouvé l’aspect funeste :

Ici, qu’aurais-je vu? les enfans de l’inceste,

Thébes, ses murs, ses tours, ses temples et ses dieux. Tout ne fut-il donc pas interdit à mes yeux?

Tai prononcé l’arrêt ; et je suis la victime.

Oui, j’ai cessé de voir les témoins de mon crime;

Mais je puis les entendre, et c’est mon désespoir. Cithéron ! dans tes bois pourquoi me recevoir ,

Ou ne pas m’engloutir sous ton ombre éternelle?

O Corinthe! à maison que je crus paternelle!

Polybe , en fils de roi devais-tu m’élever ?

Etait-ce un assassin qu’il fallait conserver?

O chemin de Daulis, ô Delphes, ô Phocide!

De quel sang j’abreuvai ton sentier parricide!

Hymen ! horrible hymen! toi qui m’as enfanté,

C’est toi qui rends Œdipe aux flancs qui l’ont porté.

i44 OEDIPE-ROI.

Tu produis, tu confonds des frères et des pères,

Des fils et des époux, des femmes et des mères;

Tout ce qui des humains peut exciter l’effroi ,

Des forfaits , des malheurs inconnus avant moi.

Amis , délivrez-moi du fardeau de la vie :

Approchez. Craignez-vous de toucher un impie?

Mes crimes , mes tourmens , n’iront pas jusqu’à vous : Terminez-les.

LE GRAHD-PRETRE.

Créon s’avance auprès de nous.

Il vient pour vous prêter un appui secourable.

OEDIPE

Hélas ! envers Créon je fus aussi coupable.

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