ACTE V, SCÈNE II. i
LE CHOEUR
O décret inhumain î fatale obéissance !
OEDIPE
Périsse le cruel qui , durant mon enfance ,
Sauva dans les forêts Œdipe abandonné,
Et brisa les liens dont j’étais enchaîné!
C’est lui qui m’a rendu meurtrier de mon père ,
Frère de mes enfans, et mari de ma mère.
LE CHOEUR
Votre supplice, OEdipe, est pire que la mort.
ŒDIPE. c
Ah! tout blessait ma vue; et, même au sombre bord,
T aurais de mes parens trouvé l’aspect funeste :
Ici, qu’aurais-je vu? les enfans de l’inceste,
Thébes, ses murs, ses tours, ses temples et ses dieux. Tout ne fut-il donc pas interdit à mes yeux?
Tai prononcé l’arrêt ; et je suis la victime.
Oui, j’ai cessé de voir les témoins de mon crime;
Mais je puis les entendre, et c’est mon désespoir. Cithéron ! dans tes bois pourquoi me recevoir ,
Ou ne pas m’engloutir sous ton ombre éternelle?
O Corinthe! à maison que je crus paternelle!
Polybe , en fils de roi devais-tu m’élever ?
Etait-ce un assassin qu’il fallait conserver?
O chemin de Daulis, ô Delphes, ô Phocide!
De quel sang j’abreuvai ton sentier parricide!
Hymen ! horrible hymen! toi qui m’as enfanté,
C’est toi qui rends Œdipe aux flancs qui l’ont porté.
i44 OEDIPE-ROI.
Tu produis, tu confonds des frères et des pères,
Des fils et des époux, des femmes et des mères;
Tout ce qui des humains peut exciter l’effroi ,
Des forfaits , des malheurs inconnus avant moi.
Amis , délivrez-moi du fardeau de la vie :
Approchez. Craignez-vous de toucher un impie?
Mes crimes , mes tourmens , n’iront pas jusqu’à vous : Terminez-les.
LE GRAHD-PRETRE.
Créon s’avance auprès de nous.
Il vient pour vous prêter un appui secourable.
OEDIPE
Hélas ! envers Créon je fus aussi coupable.