ACTE III, SCÈNE V
MONTFORT
Mais tu n’as pas du moins des dehors affectés, L’étalage imposteur d’une sagesse austère.
agt
S AL Am N.
A qui donc en veux-tu? pourquoi tant de mystère? Des soupçons sur Nathan! qui pourrait t’en donner?
MO NT F OR T
Lui? .T’ai droit de me plaindre et de le soupçonner. Il était loin d’ici. Cette fille si belle,
Cette Zoé... tu sais ce que j’ai fait pour elle; Français et templier, j’ai rempli mon devoir. J’avais, depuis ce temps, refusé de la voir.
Que je rougis!
S AL A DI N
De quoi? d’avoir été sensible Pour une juive? toi! le scrupule est risible. J’ignorais que le cœur eût des opinions.
MONTFGRT.
Je rougis de céder à des impressions
Dont j’avais si long-temps méprisé la puissance ,
D’avoir été vaincu sans faire résistance.
Par un discours flatteur le père me séduit,
Me parle de Zoé, près d’elle me conduit.
Cet instant me soumet au pouvoir d’une femme; Une seconde fois j’ai traversé la flamme:
Mon cœur a tout senti , ma bouche a tout osé :
J’ai demandé sa main; Nathan m’a refusé.
NATHAN LE SAGE
SALADIK.
Refusé!
MONTFOUT.
Pas encor; mais il procède en forme.
11 faut auparavant qu’il pense, qu’il s’informe.
Il veut y réfléchir. Eh ! n’a-t-il pas raison ?
Moi-même, quand le feu consumait sa maison,
Quand j’entendais les cris de sa fille expirante,
Avant de m’élancer dans la fournaise ardente,
J’ai réfléchi long-temps , comme il fait aujourd’hui ;
Je me suis à loisir informé comme lui.
Nathan est bien heureux d’avoir tant de prudence.
saladin.
Ta plainte est trop amère; allons, de l’indulgence, Montre au moins pour son âge un peu plus de respect. Je vois dans tout ceci le vieillard circonspect.
Mais non le sot crédule où le lâche hypocrite.
Crois-tu donc qu’il voudra te faire israélite?
MOHTFORT.
Je no répondrais pas que ce fût son projet;
Mais certains préjugés, sucés avec le lait.
Deviennent nos tyrans jusque dans la vieillesse.
Et qu’importent les ris d’une feinte sagesse?
En riant de ses fers , cesse-t-on d’en porter?