ACTE II , SCÈNE VI. 3i
Je pourrai vous citer tout bas comme un fripon;
Vous pourrez m’appeler tout haut un imbécile ;
Ainsi, vous le voyez, rien n’est moins difficile Que de traiter ensemble en tout bien, tout honneur,
Et sans cérémonie.
SIR OLIVER
A dire vrai, monsieur,
Cette franchise là ne saurait me déplaire;
Je tiens qu’il faut marcher rondement en affaire :
T ai , moi , pour vous prêter, j’ai , tout à l’heure exprès , Emprunté quelque argent à de gros intérêts.
Demandez à Mosès.
MOSÈS
Rien n’est plus véritable.
SIR OLIVER
Celui de qui j’emprunte est un homme intraitable.
Mais il faut se saigner dans les occasions ;
A plus d’un tiers de perte il vend des actions. Demandez à Mosès.
MOSÈS
Oui , la chose est très-sure ; D’ailleurs monsieur sait bien que je hais l’imposture.
SIR CHARLES
Il est trop juste au fond de le dédommager :
Je ne suis pas ingrat pour qui veut m’obliger.
SIR OLIVER
Mais lorsqu’à vous prêter aujourd’hui je m’engage,
De la somme du moins me donnez-vous un gage ?
3ao LES PORTRAITS DE FAMILLE.
Possédez-vous des biens , des terres ?
Non, ma foi-,
Dans les deux continens je ne vois rien à moi, Pas un seul arbrisseau, pas une taupinière.
SIR OLIYER.
Vous n’avez pas perdu votre fortune entière?
Vous avez des effets précieux?
SIR CHARLES
Tout à fait.
Deux ou trois vieux chevaux, sept ou huit chiens d’arrêt.
SIR OLIVER
Fort bien. La garantie est solide et brillante.
SIR CHARLES
On en pourrait trouver qui fût plus rassurante : Soit; mais vous connaissez sans doute mes parens?
Oui.
SIR OLIVER
SIR CHARLES
J’ai dans le Bengale, au moins depuis quinze ans, Un oncle.
SIR OLIVER
Je le sais.
SIR CHARLES
Sa fortune est immense.
SIR OLIVER
Il est vrai ; mais sur lui quelle est votre espérance ?