ACTE III, SCÈNE IV
TIBÈRE
Le tromper. Il faut avec adresse v D’un favorable accueil caresser sa jeunesse.
Cet entretien peut même écarter le soupçon.
La nuit , fais investir le palais de Pison :
En proscrivant ses jours, que tout un peuple nomme Et la veuve et l’époux , ces idoles de Rome :
Que le nom de César ne soit pas prononcé :
Des menaces, du bruit, mais point de sang versé : Que des agens discrets, des orateurs habiles,
A tous ces mouvemens président immobiles :
Dès qu’auront éclaté les cris séditieux,
Convoque le sénat; qu’il accoure en ces lieux : Reviens pour m’annoncer que le trouble commence ; Et sur les derniers coups j’instruirai ta prudence.
SÉJAH.
Je cours exécuter vos ordres absolus.
TIBÈRE
Sitôt qu’en mon palais tu conduiras Cnéius,
Que j’en sois informé : je serai chez Livie.
SÉJAN
Les amis de Séjan vous consacrent leur vie.
César se souviendra de leur fidélité?
TIBÈRE
Ils obtiendront le prix qu’ils auront mérité.
SÉJAN
Un regard? des faveurs?
TIBERE
Dis, ma reconnaissance, Séjan, tous mes trésors et toute ma puissance.
SÉJ AH.
Natta, Balbus, Afer, nos zélés orateurs?
TIBÈRE
Du crédit, des emplois d’édiles, de questeurs.
SÉJ AH.
Les agens plus obscurs d’une émeute docile?
TIBÈRE
De l’or.
SÉJAH.
Fulcinius ?
TIBÈRE
La préture en Sicile.
SÉJAN
Et les cris importuns de ce peuple odieux ?
TIBÈRE
Du pain, les jeux du cirque, un sacrifice aux dieux.