‹ Theatre posthume de MJ. De Chénier, précédé de considérations sur la liberté du théatre en FranceChapitre 65 sur 286 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

Quel sang des immortels allume le courroux?

ckéon.

Le sang du grand Laïus qui régnait avant vous.

ŒDIPE

Et parmi les Thébains son meurtrier respire î Si j’obtins de Laïus et la veuve et l’empire ,

Pour remplir mon devoir et venger son trépas ,

Je ne demande au ciel que de guider mon bras.

Où trouver l’artisan des publiques allarmes ?

Je n’ai point vu le roi que regrettent vos larmes; , Mais, si l’on m’a dit vrai, ce prince infortuné Loin des remparts Thébains périt assassiné.

CRÉOH.

Il tomba sous les coups d’une main meurtrière, Quand des états voisins il touchait la frontière. Succombant tour-à-tour, après un long effort,

Les compagnons du roi partagèrent son sort.

Un seul a reparu ; mais indigné peut-être D’avoir osé survivre au trémas de son maître.

Il a loin de nos murs enseveli ses jours.

Si l’on peut toutefois en croire ses discours,

Sous des brigands armés Laïus perdit la vie.

OEDIFE.

Par la haine sans doute elle était poursuivie,

Et leur main sacrilège, en cet événement.

Fut des complots cachés le vénal instrument.

88 OEDIPE-ROI

CRÊOI».

On forma des soupçons; on parla de complices;

On voulut du forfait suivre tous les indices :

Telle est d’un peuple ému la première chaleur ;

Du nom de la vengeance il nourrit sa douleur.

On négligea depuis des rigueurs légitimes;

Le sphinx à chaque instant dévorait ses victimes;

Et jusqu’au souvenir d’un désastre passé Par le danger présent fut bientôt effacé.

oe’dipe.

Quand vous avez, Thébains, oublié la justice,

No vous étonnez pas que le ciel vous punisse.

Si vos maux sont cruels , vos maux sont mérités : Fallait-il que des dieux, justement irrités.

Au sein de vos remparts le courroux vînt descendre ? D’un héros massacré vous entendiez la cendre. Successeur de Laïus je veux être son fils ;

De ses mânes vengeurs j’appaiserai les cris;

Pour la seconde fois j’affranchirai ces rives. Rassurez-vous, enfans, dont les tribus plaintives De pleurs religieux ont baigné ces autels.

La voix des supplians fléchit les immortels.

Vous , pontifes , rentrez au fond du sanctuaire ;

Et vous, sage Créon, mon allié, mon frère,

Venez avec OEdipe , auprès de votre soeur,

Dans son cœur gémissant verser quelque douceur. Thébains, remplissons tous un devoir qui nous presse; Écoutez, retenez, rappelez-vous sans cesse Les ordres, les sermens, les vœux de votre roi.

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