‹ Theatre posthume de MJ. De Chénier, précédé de considérations sur la liberté du théatre en FranceChapitre 87 sur 286 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

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JOCASTE

Que dira-t-il de plus?

OEUIPE.

Ce que j’ai fait peut-être.

JOCASTE

A ma tendresse au moins daignez vous confier; Dites-moi quel secret peut tant vous effrayer.

ŒDIPE

Vous allez concevoir et partager ma crainte.

Je naquis héritier du sceptre de Corinthe :

Cependant , jeune encor*, j’ai quitté sans retour Et Polvbe et Mérope à qui je dois le jour.

Ils m’aiment; loin de moi la douleur les accable.

Mais un de leurs sujets, heureusement coupable,

M’a fait abandonner les foyers paternels :

Cet homme osa me dire, en des jeux solemnels,

Que Mérope et le roi ne m’avaient point fait naître :

Je rougis de l’affront que je leur fis connaître ;

Tous deux loin de leur cour bannirent l’imposteur.

Un soupçon toutefois s’éleva dans mon cœur;

Je partis, résolu de consulter encore L’oracle d’Apollon qu’à Delphes on implore.

J’aborde avec respect ce trépied souterrain,

Ces feux toujours veillans sur des autels d’airain;

Du laurier solemnel je couronne ma tête.

Qui suis-je? ô Cinthien! dieu du jour! dieu prophète! Des destins, m’écriai-je, apprends-moi le secret.

Déjà muet, craintif, j’attendais mon arrêt;

Déjà la Pythonissc, errante, échevelée,

I IÜ

OEDIPE-ROI

Sous le pouvoir du dieu gémissait accablée :

Sur le trépied fatal je la vis tressaillir,

Les autels se voiler, les feux sacrés pâlir;

La foudre à longs replis vint sillonner les ombres, La terre au loin trembla dans les cavernes sombres; Et, des flancs du rocher qu’habite un saint effroi,

, l’entendis retentir et monter jusqu’à moi Ces mots affreux : OEdipe égorgera son père.

JOCASTE

OEdipe? ô ciel!

OED IPE.

OEdipe épousera sa mère.

OEdipe produira des enfans odieux.

Ouel oracle !

JOCASTE

OEDIPE

En quittant ces formidables lieux, Certain de ma vertu, je conçois l’espérance D’échapper au destin à force de prudence , D’enchaîner l’avenir, de triompher du dieu,

Et je dis à Corinthe un éternel adieu.

Je respix'e!

JOCASTE

ŒDIPE

Ah! tremblez. Aux champs de la Phocide, De ce triple chemin, route affreuse, homicide,

Un voyageur osa me disputer l’accès.

Vous m'avez peint son âge et sa taille et ses traits.

Il était sur un char : cinq guerriers de sa suite Voulurent, mais en vain, me contraindre à la fuite;

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