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AVANT-PROPOS

Ce recueil est le troisième et dernier de la serie qui comprend déjà Théâtre pour les jeunes filles et Le Théâtre du Petit Chaperon rouge. Le carac-

tère particulier du Théâtre pour les Écoles est la

brièveté des pièces qui le composent. Il y en a six, dont la durée oscille entre un petit quart d'heure et une demi-heure environ.

Ces piécettes seront donc relativement plus faciles à monter que celles des deux précédents volumes. Je dis « relativement », étant bien persuadé que faire œuvre d’art ne sera jamais possible, — dons naturels mis à part, — sans beaucoup de travail. La noble devise de la librairie Armand Colin : « Labeur sans soin, labeur de

rien », s'applique à l'interprétation des plus lé-

- gers caprices de la Muse, — si l’on veut y mettre à une goutte de poésie et d'émotion, — aussi bien

qu'aux travaux de la plus immédiate et urgente nécessité.

La part des enfants a été très largement faite dans ce recueil : certaines de ses piécettes n’exi-

Jgent pas d’autres acteurs. Dans aucune d’entre elles on ne trouvera de ces analyses d'émotions

> sentimentales qui, — fort légitimement à mon

‘avis, — occupent une assez grande place dans

-les deux recueils précédents, mais qui appellent

comme interprète la jeunesse, et non l'enfance.

Aucune fiction romanesque n°y aboutit à un ma:riage, fût-ce un mariage de conte de fée. Cepen-

dant, quelques-unes des pièces contenues dans le.

présent volume gagneront beaucoup à n'être pas exclusivement représentées par des enfants, fussent-ils déjà grands. Pour n’en citer qu'un exemple, si, dans La Mouche, la Fourmi et la Cigale, les rôles des trois insectes conviennent fort bien à des fillettes, celui de la Fable sera évidemment mieux tenu par une jeune fille; et ce pourrait tout aussi bien être par une femme encore jeune.

En adoptant ce titre : Théâtre pour les Écoles, on a donc pensé à tous les âges de la vie scolaire (excepté à l’école maternelle, où les enfants sont trop jeunes, à mon avis, pour la plus simple comédie), et aussi à ces troupes d'amateurs, petits et grands, où 1l peut y en avoir de toutes les sai-

sons de la vie; mais c’est, en fin de compte, l’en-

lance qui jouera le plus grand rôle dans l’interprélation de ces bluettes, comme elle sera toujours le public essentiel de leurs représentations.

Les six pièces furent écrites entre 1913 et 1919: Une seule (Le Morceau de lard) a été jouée.

L’avant-dernière (Monsieur Proverbe) contient

des allusions à la guerre. La dernière (La Bonne :

Nouvelle) est un essai pour fixer, dans une action à la fois réaliste et fantaisiste, le souvenir du moment où les cloches de la victoire permirent aux cœurs de se desserrer et de battre librement, après plus de quatre années de cruelles angoisses. Je ne pense pas qu'il soit interdit à la Musette enfantine de toucher parfois, avec discrétion, avec respect, aux grandes choses de la Patrie et de l'Humanité. |

A mon petit Jean.

AVERTISSEMENT

Le point de départ de cette pièce est dans une randonnée populaire en Corse, recueillie par Ortoli et insérée par lui dans ses Contes populaires de l’île de Corse (1). Dans la randonnée originale, la petite chatte Moustachinette périt étranglée par une amande qu’elle a gloutonnement avalée, le secours lui étant venu trop tard. J’ai voulu finir d’une façon moins tragique. Le secours espéré (un morceau de lard qui devait, en graissant le gosier de Moustachinette, faire glisser l’amande) ne se produit pas dans ma pièce, puisque l’armoire que l’on croyait renfermer ce morceau de lard se trouve être vide, lorsqu'on l’ouvre enfin; mais la petite chatte agonisante a rencontré — dans la coulisse — des âmes charitables qui l'ont délivrée, juste à temps, de sa funeste amande. Il en résulte bien que c’est encore en pure perte que Piedleste, mari de la chatte, a couru après le Serrurier, seul capable d’ouvrir l’armoire; que le Serrurier a obtenu pour ce travail un salaire du Marchand de fromage; que le Marchand de fromage, en récompense, a eu de sa Vache un supplément de lait; que la Vache, pour le lui donner, a reçu du Pré grande abondance d’herbes fraîches, et que le Ciel, afin de reverdir le Pré. a bien voulu l’arroser copieusement; mais, si tous ces actes de bonne volonté n’ont abouti à rien, l’armoire ne contenant plus le lard souhaité (>), l'intention n’en reste pas moins excellente chez tous les

(x) Chez Maisonneuve, éditeur.

(2) I paräît que Moustachinelte l'avait elle-même croqué, deux jours auparavant.

acteurs du petit drame; et, comme le Ciel le fait remarquer avant de remonter vers l’endroit où le cherchent les astronomes effarés, voilà une bonne leçon de solidarité à l’usage des petits et même des grands. |

Je me hâte d’ajouter que cette leçon n’a qu’une très minime importance dans ma pièce. Il s’agit d’une légère fantaisie faite surtout pour amuser l'imagination, et d’où j'espère que toute poésie n’est pas absente.

Le Morceau de lard peut aisément être joué dans un milieu, scolaire où familial, où il y aurait, pour les sept rôles de la pièce, de jeunes actrices, ceux de Piedleste, du Serrurier, du Marchand de fromage, du Pré et du Ciel étant joués en travesti. Toutes ces actrices pourraient être des fillettes, les plus grandes représentant le Serrurier, le Marchand de fromage, le Ciel; d’autres, de taille un peu moindre, la Vache et le Pré; deux plus petites, Piedleste et Moustachinette. Des jeunes filles pourraient aussi tenir tous les rôles, sauf ceux de Piedleste et de Moustachinette, qui, de toute façon, doivent être dévolus à des fillettes, ou à des adolescentes assez petites pour donner l'impression qu'elles sont encore enfants.

On pourrait concevoir une interprétation mixte, dans laquelle tous les personnages masculins seraient représentés par des acteurs appartenant au sexe fort. Tous pourraient être des garçons n'ayant pas mué; mais, dans tous les cas, Piedleste devrait en être un, Le Pré pourrait être un ado: lescent ou un très jeune homme. L'âge du Ciel étant tout à fait indéterminé, depuis la florissante jeunesse jusqu’à la vieillesse chenue, ce personnage pourrait être tenu par un adulte de n'importe quel âge. Il en est de même du Serrurier et du Marchand de fromage, dont l'apparence doit être celle d'hommes mürs ou vieillissants, mais qui peuvent être représentés par de jeunes artistes, s'ils prennent la peine de se grimer.

À la première représentation du Morceau de lard, qui eut lieu au Havre en 1913, il n’y avait, pour interpréter la pièce,

EL

— encore inédite, — que des jeunes filles et des fillettes, sauf en ce qui concerne le rôle du Serrurier, qui était tenu par l’auteur, alors âgé de cinquante-huit printemps.

Avant les dernières répétitions, que j’eus le plaisir de diriger, tout le travail préparatoire à une représentation de la pièce avait été fait par les soins de Mlle A. Hérouard, institutrice au Havre, à qui j’en exprime ici toute ma gratitude. Mile Hérouard à bien voulu, en outre, me donner, pour les lecteurs de cet ouvrage, une description des costumes portés par les artistes, costumes qu'ellé avait fait exécuter. On trouvera cette description aux Indications pratiques placées après la piécette, et relatives aux personnages, aux costumes, au décor, aux accessoires, à la musique de scène, au chant et à la danse.

PERSONNAGES

PrencesTe, petit chat.

MousracHinerTE, petite chatte.

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