UNE OU PLUSIEURS VOIX D'HOMMES
Soleil nourricier, Eau pure et féconde, Laissez-nous chanter, sans autres discours:
TOUT LE CHŒUR Charmante Madame la Pluie, Aimable Monsieur le Soleil, Douce fraîcheur, éclat vermeil, Rendez la Terre épanouie !
En mesure succédez-vous :
Chacun à son tour sera le plus doux !
Donnez-nous-en, Soleil et Pluie, Pour tous les travaux et pour tous les goûts!
(Rideau, s'il y en a un.)
INDICATIONS PRATIQUES
PERSONNAGES
Je rappelle que les acteurs de cette piécette doivent être, sauf en ce qui concerne la Fillette et le Garçonnet, des adultes ou au moins des adolescents; que la troupe peut être mixte ou exclusivement composée d’actrices, les rôles masculins élant alors joués en travesti; que, mème si la troupe est mixte, le Soleil pourra être figuré par une jeune femme ou une jeune fille, pourvu qu'elle soit assez grande.
Si l’ensemble de la troupe était féminin, ce ne serait pas une raison décisive pour faire tenir par une fillette le rôle du petit Garçon. L'interprétation masculine de ce rôle ferait peut-être mieux valoir, par contraste, celui de la
Fillette.
La PLure et LE SoLeiL n’ont pas à dire des choses émouvantes, graves ou d'un ardent lyrisme; il leur faut surtout de l’aisance, de la distinction, une élégance naturelle, un sourire aimable. Faut-il ajouter qu'ils doivent être parfaitement simp'es? Là où apparaît la moindre affectation, il n’y à plus d'élégance vraie.
La Pluie sera moins grande que te Soleil; elle aura une grâce, une douceur particulière. Je souhaite à l’une et à l’autre une diction musicale. En revanche, ils n'auront pas à chanter, tandis que les autres personnages, en principe, doivent pouvoir le faire dans le chœur final.
En principe » : cela signifie que, si l’on trouve une excellente Fermière, un Vigneron accompli, on n'ira pas se
priver de leurs talents sous prétexte qu'ils chanteraient faux ou n'auraient pas de voix. Le moment du chœur arrivé, ils n'auraient qu'à ouvrir la bouche sans émettre un son.
La FERMIÈRE, LE VIGNERON, seront aussi « nature », que possible, vivants et amusants, mais sans charger; ces rôles demandent quelque finesse,
Le MARCHAND DE PARAPLUIES aura le droit d'apporter à l'interprétation de son rôle une certaine drôlerie fantaisiste.
L'essentiel, pour LA PETITE FILLE et LE PETIT GARÇON, est qu'ils soient « eux-mêmes », qu’ils parlent comme dans la vie de chaque jour, sans rien qui sente la leçon apprise. Quel que soit l’âge de ces enfants (de huit à dix ans, à ce que j'imagine), il sera bon de leur apprendre leurs rôles, d’ailleurs si courts, d’une façon exclusivement orale, en leur en donnant toujours l’intonation juste, qu'ils imiteront aussitôt, sans leur permettre de les lire eux-mêmes, au moins pour commencer. Tous les deux doivent être dégourdis et bien : à leur aise sur les planches; les répétitions en scène les y aideront. Naturel parfait, franchise d’allure, gaîté de la physionomie, voilà les qualités désirables pour tous les deux, avec un peu plus de finesse malicieuse en ce qui concerne la fillette (x).
Les deux CorYPHÉES, en causant avec le public ou en s'adressant aux personnages, doivent avoir la plus grande aisance: ils sont là comme chez eux, Intonations, attitudes, mouvements, tout en eux est franc, naturel, familier; ils ont de l’entrain ou de la finesse selon que telle réplique en requiert. Les passages d’un caractère comique ont été, de préférence, dévolus au Coryphée. La Coryphée a le droit d’être gracieuse.
Les villageois et villageoises du CHœur devront bien étudier leurs mouvements, gestes et exclamations, qui seront réglés avec soin aux répétitions,
(1) Dans une école primaire supérieure de jeunes filles, deux élèves de première année, de très petite taille, pourraient, je crois, tenir les deux rôles. Dans une école normale d’ Sn OTE on aurait recours à l'école annexe.
COSTUMES
Vous ne supposez pas, amis lecteurs et chères lectrices, que je vais vous donner une description exacte du costume : de « Monseigneur le Soleil, notre frère », comme disait. saint François d’Assise? Non; mais, procédant par voie d'élimination, je dirai qu'on ne peut évidemment pas l’affubler de notre affreux pantalon moderne, pas plus qu’on ne pourrait le coiffer d’un chapeau à haute forme, füt-il taillé dans un bloc de topaze ou d’escarboucle. Le Soleil portant donc la culotte ou le haut-de-chausses avec des bas et des souliers, à moins que ce ne soit ie maillot et la trousse, avec des chaussures d’étoffe à crevés, on lui confectionnera un pourpoint ou une veste ayant toute la grâce désirable, et suffisamment en rapport avec le bas de son vêtement. On pourra y ajouter un manteau assez court, sur lequel je ne verrais pas d’inconvénient à ce qu’on brodât l’astre flamboyant. J'aimerais, d’ailleurs, que notre Soleil fût blond et abondamment chevelu; il ne porterait aucune coiffure, mais sa tête pourrait être ceinte d’un cercle de pierres précieuses, et il va sans dire que l'or et la pourpre resplendiraient du haut en bas de ses vêtements soyeux et chatoyants. Si l’on trouvait une façon, qui ne fût pas ridicule, de figurer les rayons resplendissant autour de sa tête, je ne m'’opposerais pas à ce que cela fût fait; mais je m'en passerais sans gémir. :
La douce Pluie m'’apparaît plutôt brune ou châtaine que blonde, ses longs cheveux couvrant ses épaules et son dos; elle scrait vêtue de voïles légers, vaporeux, superposés les uns aux autres, bleuâtres, verdâtres, l’un de ces voiles, qui formerait le manteau, pouvant être terminé par de longues franges très minces de mêmes nuances que les étoffes dont serait habillée la jeune déesse. Au total, son costume rappellerait l’antique, sans imitation servile. On pourrait la coiffer de longues herbes, de feuillages amis de l’eau, de fleurs au calice allongé, de façon qu’elle apparût couronnée d’un
peu de cette végétation à laquelle, si souvent, elle a rendu la : vie.
Les autres personnages doivent être vêtus à la moderne. Cela n'exclut pas un certain pittoresque dans les costumes villageois, ni un certain comique dans celui du Marchand de parapluies. J'aimerais que tous les hommes composant l’un des deux demi-chœurs fussent habillés de façon identique (avec quelque chose, de spécial pour le Coryphée); ils porteraient, notamment, de belles blouses bleues des di- : manches, neuves et bien raides. Les femmes composant l’autre demi-chœur seraient également vêtues de façon uniforme, ou à peu près. Prière de ne pas oublier la coiffe! On a le choix entre toutes les provinces de France.
Le Garçonnet et la Fillette me semblent être plutôt citadins
que ruraux.