THEN
(2) L'un d’eux a pris délicatement son tabac entre le pouce et l'index pour le porter à son nez; l’autre a posé la prise sur le dos de sa main, pour la humer avec ses narines en baissant la tête.
(5) Elle tourne lentement la tête vers Piedleste en faisant le premier : Mü!..….; vers le Marchand, en faisant le second.
LA VACHE, l'interrompant.
Mû!... Mû!... () PIEDLESTE Je t’adresse, le cœur ému, Mon ardente prière! Écoutel
LA VACHE, avec un parler lent et placide Tu veux un bol de lait, sans doute?
PIEDLESTE, suppliant et un peu vite.
Non, pas pour moi; mais, sur-le-champ, Donnes-en un fleuve au Marchand!
Satisfais son vœu légitime, Pour qu'il me prête dix centimes Qu’empochera le Serrurier, Et pour que ce brave ouvrier M'ouvre rapidement l'armoire!
Je n’y veux rien manger ni boire; Je veux y prendre un peu de lard, Pour graisser, s’il n’est pas trop tard, Le gosier de Moustachinette, Comme nous faisions la dinette, (Repas, je l'avoue, un peu sec (2)), Elle s’est étranglée avec Une amande.
LA VACHE, sévère, et avec lenteur.
Non mastiquéeP PIEDLESTE
Pas même, hélas! décortiquéel!
LA VACHE, solennelle, au public.
O jeunesse! O témérité!
Que: de fois je l’ai répété :
« Le vrai sage est celui qui mâche,
Mâche et remâche sans relâche! »
(1) Même jeu. «
(2) Cette parenthèse est dite avec tranquillité et moins vite, en regardant le public; puis Piedleste reprend le ton suppliant e’ l'allure vive, en s'adressant à la Vache.
Ni
PIEDLESTE, totjours suppliant, et un peu vite.
Bonne Vache, tu parles d’or;
Mais un plus précieux trésor,
C’est le doux lait de ta mamelle.
Allons, montre-toi maternelle :
Donne au Marchand beaucoup de lait!
Sauve ma chatte, s’il te plaît!
LA VACHE, toujours lente et placide.
Moi, je veux bien, mon cher Piedleste, Conjurer son destin funeste;
Mais alors il faut que le Pré, Où de tout temps j'ai pâturé,
Me fournisse abondance d'herbe, Grasse, parfumée et superbe.
PIEDLESTE, éperdu de joie et de reconnaissance.