‹ Théâtre pour les jeunes fillesChapitre 109 sur 203 · N" lu de la partition · texte numérisé non relu

N" lu de la partition

LA IJELLi: AU BOIS DOHMANT 167

la plus décisive de toutes. Dans la dernière salle du château, là fil montre la droite), dans Cette vieille tour qui m'appelait de si loin, repose ma radieuse amie. L'heure de son réveil est proche, si j'ai bien compris les paroles de la Fée. Comment oserai-je paraître devant elle? Quand son premier regard apercevra un inconnu, ne sera-t-elle pas saisie delTroi? Ne me haïra-telle pas à jamais? Ah! maintenant je souhaiterais que l'enchantement ne finît pas, et qu'il me fût seulement permis de m'agenoiiiller devant elle et de la contempler endormie, en rêvant quelle m'aimera...

(Rondaclic entre à gauche. Il tient son épée à la main; son bras gauche est passe dans un petit bouclier rond.)

Ahl te voici! Eh bien, nous sommes dans la place, et tu vois que mon entreprise n'était pas si folle.

RONDACIIE, hochant la tête.

Pas si folle... Hum! Les choses ne sont pas allées toutes seules ; et je bénis mon destin, qui me lit découvrir ce bouclier devant le pont-levis.

FLURIZEL.

Aucun adversaire ne s'est montré.

RONDACHE

Ils n'auraient eu garde, en voyant deux lurons aussi résolus que vous et moi; mais, à en juger par leurs hurlements, il y en avait bien trois ou quatre douzaines.

FLURIZEL.

Tu exagères.

RONDACIIE.

Comment! je pourrais dire une centaine. J'ai entendu des mugissements si énormes et si terribles qu'ils ne pouvaient être poussés que par toute une compagnie de monstres; et des chauves-souris gigantesques n'ont cessé de me battre avec leurs ailes en faisant autour de moi un vent glacial.

FLOKIZEI..

As-tu remarqué comme, en approchant du château, cet inextricable amas d épines et de ronces, où il nous eût été impossible de nous fr;iyer un sentier à coups de hache, s'est entr'ouvert de lui-même pour nous laisser un étroit passage?

lOS THÉÂTRE 1>0LK LES JEUNES FILLES

IIONDACHE.

Si étroit que tout mon corps l'ut lardé de longues épines. J'étais aussi hérissé qu'une châtaigne.

FLOÎUZEI..

Mais ce qui fut délicieux et me rendit l'espoir que ji; commençais à perdre, c'est que tout à coup, dans la nuit déjà tombée, ces épines se mirent à lleurir; j'aperçus leurs blanches floraisons qui rayonnaient dans les ténèbres, et un suave parfum vint me réjouir le cœur. Alors il me sembla que ma bien-aimée était proche: je posai un rapide baiser sur les fleurs; une épine toucha ma lèvre, et quelques gouttes de mon sang changèrent en pourpre ardente la neige virginale du buisson.

RdMJACHE.

N'empêche que je suis moulu de fatigue et que j'ai l'estomac dans les talons. Je ne suis \)i\s amoureux, moi! Voilà vingt heures que je n'ai eu pour me soutenir que trois noisettes et l'eau d'une misérable source.

KI.OIUZEL.

Tu es au bout de tes peines.

RUNDACUE.

Mais nous sommes bien imprudents de parler ainsi à haute voix : nous ne sommes pas seuls.

Tl jette un regard inquiet uut(jur de lui.) FLOIUZEL.

Ils dorment tous; leur mine est débonnaire. Tu poux rengainer ta lame et déposer ta rondache.

ItUNOACIlE.

Quelque sot. Voilà des Suisses dont la trogne enflammée annonce un foie irritable; et leurs hallebardes ne me disent rien de bon. Je resie sur la (K'-fcnsive.

FI.ORIZKL.

Comme il te plaira. 11 faut que je te laisse ici pour affronter, seul, un plus grave péril. Ah! je sens mon cœur battre comme celui d'un jeiuuî oiseau rpii (lalpiterait dans ma main.

LA BELLE AU BOIS DOIîMANT 169

liiiNDACIIE.

Do quel pr-ril me parlez-vous?

ii.oniZEL.

Je vais pénétrer dans le sanctuaire où sommeille ma bien aimée; j'attendrai l'heure de son réveil, dùt-il ne venir jamais; si elle rouvre ses yeux de lumière, je la supplierai à genoux de me pardonner; et, si elle ne me fait point la grâce de ni'aimer, tout indigne que j'en suis, tu ne reverras jamais Florizel.

l'.ONUACIIE.

Ohl mon prince, je suis bien tranquille à cet égard. Mais si quelque grillon gardait la princesse?

(Musique '.) FLURIZEL.

Xe redoute rien de pareil. Elle n'a point d'autre garde que sa pure innocence et que sa beauté même, dont la pensée me fait défaillir le cœur. Adieu!

(Il sort à droite. Rondache reste immobile, tourné vers la porte jiar où le prince a disparu. La musique cesse.)

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