‹ Théâtre pour les jeunes fillesChapitre 171 sur 203 · SCENE VII PROTOCOL, BERTHE, M.VTlllLDE, CENDRILLON · texte numérisé non relu

SCENE VII PROTOCOL, BERTHE, M.VTlllLDE, CENDRILLON

PROTOCOL, au fond, faisant un grand salut.

Mesdemoiselles...

BERTHE, saisie.

Ha!

MATIIILDE, la main sur son cœur.

Dieu! mon cœur!

(Les trois jeunes filles saluent en faisant la révérence, tandis que Protocol s'avance vers elles. Puis Cendrillon va s'asseoir devant la table à ouvrage et se met à travailler, en s'efForçant de maîtriser son émotion.)

PROTOCOL

Je VOUS salue; en vous priant De permoltre que je mesure

Vos i)ctils pieds avec cette aimable cliaussure.

(Il montre le soulier do verre. Puis, s'adressant à Mathildo : )

Vous êtes l'aînée?

MATIÎILDE

Oui, messire.

PROTOCOL, montrant une chaise placée un peu à droite.

Asseyez-vous.

(Mathildo s'asseoit ; elle est à pou près do trois quarts par rapport au spectateur. Protocol s'agenouille, tournant le dos à Cendrillon ; il prend le pied droit do Mathildo et lui ôte son soulier; puis il regarde le pied en disant : )

Un pied charmant,

BERTIIE, à part.

Il en faut bien pour tous les goûts.

(Protocol mesure le pied de Mathildo avec le soulier, puis il essaie de le faire entrer dedans, mais il s'aperçoit que c'est impossible.)

PROTOCOL

Circonstance que je regrette :

Il est juste assez court, mais trop large.

MATIIILDE, vexée, et tâchant de mettre son pied dans le soulier.

Pourtant. ..

PROTOCOL, retirant le soulier.

Vous feriez éclaler le verre en insistant.

MATHILDE, furieuse.

Grand imbécile!

PROTOCOL

Oh ! (juel vilain mot!

(Mathilde remet vivement son soulier et se lève. Passant derrière Berthe, elle se place à droite sur le devant de la scène, renfrognée, et tournant le dos aux autres personnages. Après un silence, Protocol, avec résignation : )

La cadette.

(Bcrtlic s'asseoit sur la chaise précédemment occupée par Mathilde. Même jeu de scène que tout à l'heure. Protocol reprend : )

Pied ravissant.

MATHILDE, à part, avec rage.

Et fait comme une anguille.

PROTOCOL, encourageant.

Allons, Je crois qu'il entrera.

HERTIIK, souriant.

Sans nul effort, messire.

F'ROTOCOL, avec regret.

Oui, mais pas tout entier.

RERTHE

Si fait.

PROTOCOL

Je le désire; Mais je vois, hélas! un talon Oui vainement frappe à la porte.

RERTHE.

Il entrera.

PROTOCOL.

Non.

RERTFIE.

Si, vous dis-je ; il entrera 1

PROTOCOL, retirant le soulier.

Ah ! si vous persistez, le verre éclatera.

RERTHE, furieuse.

Alors, que le diable t'emporte !

PROTOCOL.

Oh ! Ihorriijle souhait, mademoiselle !

(Berthe remet son soulier, se lève, et se place auprès de Mathilde, qui reste à l'extrémité droite.)

MATHILDE, amère.

Eh bien, Ma sœur, chacun son tour.

BERTHE. avec colère.

Toi, je ne te dis rien :

Tâche de me laisser tranquille.

PROTOCOL, toujours agenouillé.

La plus jeune.

(Sans se lever. Cendrillon cesse de travailler et pose son ouvrage. Elle écoute avec une vive émotion.)

MATHILDE, étonnée, se tournant à demi vers Protocol.

Comment?

BERTHE, de même.

Nous ne sommes que deux.

(Protocol se lève et regarde un papier qu'il tire de sa ceinture.) PROTOCOL.

Sur les resristres de la ville

2a2 THIiATIŒ POUR LES JEUNES FILLES

Vous Olcs trois ; et j'ai vu de tnes yeux Une troisième jouvencelle.

MATIIILDE, avec nn suprême déilain.

C'est une Cendrillon : ça ne compte pas.

PROTOCOJ,.

Celle

Oue j'ai vue en entrant ici

M'a paru de tout point charmante.

Laide ou belle, d'ailleurs, demoiselle ou servante,

KUe doit essayer aussi De mettre le soulier.

BEHTIIE, violemment.

C'est une extravagance !

PROTOCOI,.

Notre prince le veut ainsi.

Donc, laites-la venir.

(Les deux sœurs se consultent du regard ; elles ne bougent pas et gardent un silence rageur. Alors Cendrillon se lève.)

CENDRILLON, d'une voix douce.

Messire, me voii-i.

(Indignation des deux sœurs.) PROTOCOL, se retournant.

Bonjour, ma belle enfant.

MATIIII-DE, à Bcrthc.

Vois-tu les manigances De cette Cendrillon, ma sœurV

PROTOCOL, à. Cendrillon.

En cas d'échec, me tiendrez-vous rancune?

CENDRILLON, souriant.

Oh ! pas du tout.

PROTOCOL.

Bien.

(A part :)

Ku voilà donc une Qui prendra la chose en douceur.

Ce sera la première.

(A Cendrillon :)

Asseyez-vous.

'Cendrillon place sa i-liaisc de fa i; on à regarder Protocol, tout en ('tanl

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assise ; puis elle s'asseoit, Protocol s'agenouille, décliausse un de ses jjicds, le mesure avec le soulier de verre, s'étonne, rccoramcnoe, chausse enlin Gcmlrillon avec le petit soulier et s'écrie :)

Miracle !

MATIIILDK, brusquement.

Eli bien, quoi '!

I'ROTOC<tL.

Le soulier la chausse exactement.

MATHILDE, faisant un pas vers Protocol.

Ah çà ! vous êtes fou ?

lîERTIIE, de même.

Pensez-vous donc, vraiment, Qu'on vous croira comme un oracle?

PROTOCOL, se levant.

Eh ! regardez vous-même On ne saurait nier Qu'un mystérieux cordonnier Le fit pour elle, et sur mesure.

(Mailiilde reste clouée sur place ; Bcrtlie s'approche et recrarJe avec une jalousie métiantc.)

liERTIIE, après un long silence.

Son pied semble y tenir, je n'en disconviens pas ; Mais elle ne pourrait, là-dedans, faire un pas.

Cendrillon se lève et s'avance entre Protocol et les deux jeunes filles.) CENDRILLÛN, i Berthe.

Sans me forcer, soyez en sûre, Je pourrais en faire un millier.

Certain soir, même, ayant au pied ce fin soulier, J'ai dansé deux heures de suite ; Et je l'ai perdu dans ma fuite.

PROTOCOL, stupéfait.

Quoi ! VOUS seriez...

Je fus princesse tout un soir.

Maintenant, sans avoir changé pour mon miroir, Je ne suis qu'une humble servante.

PROTOCOL, profondément troublé.

Je cours chercher le prince.

(11 sort par le fond aussi vivement que sa dignité le lui permet.)

MATIIILDE, à part, exaspérée.

Oh ! la voir triomphante..

Non, vrai, j'aimerais mieux crever!

(Elle sort à droite, turieusement.)

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