N° 18 de la partition
2. A ce moment la fée, le roi, la reine, Protocol. Matliilde et Berthe pourront chanter avec le chœur, chacun dans la partie qui conviendra à sa voix.
LA FÉE
Dans un instant, mes chers amis, nous nous attablerons autour d'un vaste repas dont le menu ne sera pas compliqué, mais que la joie de tous rendra succulent. Permettez, toutefois, que je retarde un peu votre plaisir. Je sollicite la faveur d'être présentée au bon roi Trubulu, très apprécié de son peuple, je le sais, et d'autant plus qu'il n'aura point de successeur. Je voudrais aussi présenter mes hommages à madame la reine.
(Le roi s'avance avec la reine.) LE ROL
Je suis à vos pieds, mademoiselle.
LA FÉE
Sire, je ne vous en demande pas tant.
LE ROL
Et voici ma chère Toinon... c'est-à-dire Antoinette, ma noble épouse.
LA FÉE
Je vous félicite l'un et l'autre de la délicieuse bellefille que vous avez eu le bon goût d'accepter.
LE ROL
Elle sera le doux rayon de notre automne.
LA REINE
Je vous remercie bien, ma petite demoiselle. Et je vous déclare qu'après une aussi belle cérémonie je ne regrette plus rien.
LA FEE, avec malice.
Pas môme la bénédiction de messire Oremus?
LA REINE, stupéfaite.
Quoi ! vous savez...
LA FEE, tramiuilluinent.
Je suis bien obligée de tout savoir, pui.sque je .suis fée.
LE ROI
Vous l'êtes, je le vois, et de plus d'une façon. Mais, dans mon enfance, on racontait que vous aviez élé mangée par un loup. J'ai môme versé bien des larmes sur votre sort.
t.A KKE, gaîment.
Vous ne saviez pas la fin de l'histoire. Le loup était si affamé qu'il nous avala, grand'mère et moi, sans nous mâcher. Après quoi il creva. Ma mère-grand, qui était dans le fond, sortit... je n'ose dire par où ; et moi, je revins à la lumière par la gueule du monstre. Mon petit jupon rouge était un peu froissé, comme un coquelicot prisonnier dans son vert calice; mais je l'étalai au soleil, et, une heure après, il n'y paraissait plus.
LE ROI
Quoi ! vous avez réellement séjourné dans le corps d'un loup !
LA FÉE
Jonas a bien passé trois jours dans le ventre d'une baleine !
LE ROI
C'est juste.
LA FEE, prenant peu à peu un ton plus sérieux.
Pendant que j'occupais ce bizarre logement, je fis de si profondes réflexions que, du coup, je devins fée ; et, quelques siècles plus tard, j'en ai profité pour marier ma chère filleule. Mais j'ai maintenant à faire des choses plus difficiles, et qui appellent d'autres moyens. Aussi, devant vous tous, amis, je vais briser ma baguette, car elle pourrait tomber en de plus mauvaises mains que les miennes.
(Elle retire sa baguette de sa ceinture, la brise et en jette les morceaux.)
Ah ! c'est bien dommage !
LA FEE, d'un ton ferme et fier.
Non : car, après avoir été la dernière des fées, je deviens la première des citoyennes. Et maintenant, la chanson finale !
LE COMP.VGNUN MENL'ISIER.
Pardon, citoyenne, — puisque vous vous appelez ainsi, — je n'ai pas monté une estrade pour le plaisir d'enfoncer des clous. Grimpez là-dessus, et dites-nous quelque chose.
LA FÉE
Il est bien tard, compagnon ; et nous mourons tous de faim.
LE COMPAGNON
Tant pis. D'ailleurs, comme dit l'autre, l'homme ne vit pas seulement de pain. C'est-il vrai, compagnons?
LES COMPAGNONS
Oui! oui ! parlez! parlez!
LA FÉE
Allons, puisqu'il le faut...
(Elle moute vivement sur l'estrade et parle avec une extrême animation.)
Camarades ! les discours les plus brefs sont les meilleurs : je vais tâcher d'en faire un bon. Isolés, vous n'étiez rien : unis, vous serez tout. Mais il ne suffit pas de vous rallier à la bannière corporative : menuisiers, forgerons, tailleurs, cordonniers, tisserands, faites entre vous tous, avec vos mains, une chaîne que rien ne pourra briser! Ne croyez pas, cependant, que vous triompherez, sans un âpre et patient effort, de vos misères et de vos servitudes. L'heure viendra où une fée plus puissante que moi rendra presque inutile la force de vos bras; et ce qui pourrait être un allégement pour le travail fera une plus dure servitude, une misère plus cruelle. Des monstres de fer vous prendront vos femmes, vos enfants; ils vous forceront à vous arracher les uns aux autres le pain de la bouche. Mais le salut sera dans votre union, dans votre courage, dans votre persévérant effort vers l'harmonie fraternelle ! Bien des pièges vous seront tendus, bien des erreurs seront commises, bien des querelles vous diviseront; mais ne désespérez jamais de l'avenir; et si, dans les heures de trouble, vous hésitez sur le chemin h suivre, ralliez-vous, camarades, à mon chaperon rouge : vous le trouverez toujours sur le chemin de la liberté !
(Après avoir jeté les dcrniôrcs phrases avec un cntiiousiasmo véiicmont, elle descend trôs vite do l'ostradc, tandis que s'élùvo ot so prolongo raccianiation du i>cuple.)
LES QU'VTRE GROUPES*
Vive le Chaperon rouge ! Vive le Chaperon rouge !
LA FÉE
Avant de passer à table, une chanson est de rigueur. Que répoux chante !e premier couplet, l'épouse répondra, et les compagnons diront leur noL pour finir. Par exemple, je voudrais que ce ne fût pas trop sentimental, et qu'il y eût même un hrin de gaîté dans la chanson. A toi, camarade Antoine!
(Musique'.)
Chanson finale.
ANTOINE
0 mon cher petit grillon.
Qui chantais près de la flamme, 0 mon cher petit grillon, Je t'adore, ù Cendrillon!
Les grands bois sont pleins de nids :
Viens-nous-en et sois ma femme; Les grands bois sont pleins de nids :
Pour jamais soyons unis;