COIFFURES, BARBES, COSTUMES
Si l'action a lieu dans un pays vague, la date en est très précise : c'est peu de temps après la prise de la Bastille. Il s'agit donc de costumes Louis XVI ; mais on pourra y apporter quelque fantaisie, pourvu qu'elle ne soit pas de mauvais goût.
Personnages masculins. — Par exemple, si la troupe comporte des artistes des deux sexes, le roi pourra fort bien être un roi barbu '. Même liberté en ce qui concerne les autres personnages masculins. Car enfin je ne peux pas exiger, à moins de nécessité bien urgente, qu'un homme se coupe la barbe ou la moustache pour jouer, une fois par hasard, une de mes pièces!
Si l'on était rasé, la perruque Louis XVI, poudrée, irait très bien. Mais, chacun gardant sa barbe, on gardera aussi sa coiffure habituelle, voire sa calvitie.
La perruijue poudrée, si on l'adoptait (avec face rasée), ne conviendrait, d'ailleurs, qu'à deux personnages : le roi et Protocol. Galaor porterait les cheveux longs, sans poudre, attachés derrière par un ruban.
De même les compagnons et les apprentis.
Suivant toute probabilité, chacun gardera sa barbe, et. par suite, ni la perruque ni Ja simple (juoue, nouée par un ruban, ne seront de mise. Mais on adoptera, dans ses grandes lignes, le costume Louis XVI, ou. plus largement, celui du xviii" siècle. Le roi, Protocol, Galaor, porteront l'habit à la française, le jabot de dentelle, le gilet à grandes basques, la culotte, les bas et les souliers à boucles: l'épée, si cela leur fait plaisir. Galaor et Protocol auront le tricorne aux deux derniers actes 2, à moins qu'ils ne préfèrent s'en passer. J'ai dit que le roi porterait couronne, s'il était barbu; autrement, le tricorne conviendrait.
Les habits seront somptueux pour le roi, plus simples pour Galaor; plutôt neutres, ou au contraire bizarres, pour Protocol.
Au dernier acte, Galaor portera un nouveau costume : ceci est indispensable. Il sera vêtu élégamment, mais très simplement,
L Dans ce cas il porterait la couronne et pourrait même avoir un manteau royal.
2. Le mieux serait de le tenir à la main, sauf en entrant et en sortant, au troisième acte. Pour l'essayage du soulier, Protocol poserait son chapeau sur une chaise.
THKATRE POUR LES JEUNES FILLE» l"
d'une (HofTe ordinaire (ni soie ni velours), aux couleurs peu voyanles. Je conseillerais, comme coupe, l'espèce de veston à pèlerine, cambré à la taille et si gracieux, que Watteau a donné au personnage le plus en vue dans son Embarquement pour Cylhère K Une carte postale de deux sous en donnera une idée très suffisante.
Si les rôles masculins sont tenus par des jeunes filles, elles noueront leurs cheveux, tombant sur le dos, avec un ruban. I>e roi et Protocol pourront être poudrés. On n'aura point à s'affubler de barbes ni de moustaches -.
I^es figurants, compagnons et apprentis, sont en costume de travail : donc ils peuvent, sauf en ce qui concerne le pantalon, être vêtus comme des ouvriers d'à présent, faisant leur besogne quotidienne. Je parle, bien entendu, d'ouvriers appartenant aux métiers dont la physionomie n'a pas changé : forgerons, menuisiers, tailleurs, cordonniers, matons, charpentiers. Rien qui sente l'ouvrier d'usine.
Ah! par exemple, le pantalon serait fâcheux. Je sais bien qu'une culotte est un vêlement de luxe; mais peut-être, avec de l'adresse, parviendrait-on à transformer un pantalon en culotte, sans y donner un coup de ciseaux; et des bas de nuances diverses, bleus, jaunes, rouges, gris, rayés, suffiraient pour la « couleur locale ».
Nos compagnons et apprentis peuvent avoir la tête nue, ou être coiffés d'un chapeau mou ou d'un bonnet; ils sont, pour la plupart, en bras de chemise. Un tablier de cuir, un tablier vert, feraient merveille.
Les apprentis ont de quatorze h dix-huit ans : les compagnons sont des hommes faits, jeunes, mûrs ou vieux.
Pour les costumes masculins ou féminins, prière de s'inspirer des tableaux ou gravures du XVIir siècle. Un détail lien choisi, facile à reproduire, suffira parfois à donner rimpression désirable. Il existe maintenant d'excellentes reproductions, en cartes postales, des tableaux du Louvre et d'autres musées. Le prix en est si minime qu'on serait impardonnable de ne pas consulter Watteau, Chardin, Latour, Greu:e, Fragonard, etc. l'oyc: aussi, pour le peuple, les gravures du temps de la dévolution.
Personnages fé.minins. — f^a reine se fera telle coiffure I^ouis XV ou Louis XVI, poudrée ou non, (jui lui plaira : les porliails de reines et de grandes dames ne maixiuent pas. 11 pourra y avoir un peu d'outrance, mais n'allant pas jusqu'au ridicule ^. Même chose pour le costume. La robe est très riche, à longue traîne. Éventail si l'on veut.
\. Co personnage est vu do dos.
'i. Voir, à la lin des Indications qui suivent iXnusicaa, comment on peut imiter la trace bleuo que laisse le rasoir. 3. Donc, que la coiffure no soit pas trop volumineuse.
Mathilde et Berthe, en principe, devraient avoir plusieurs toilettes : l'une, de bal, au premier acte; l'autre, d'intérieur, au troisième; une autre encore au quatrième. Mais on peut supposer que, pour recevoir Protocol, elles ont revêtu leurs plus belles parures. Elles les remettront le jour du mariage.
Elles seront poudrées ou non, a volonté; mais il faudra que l'une et l'autre adoptent le même système. (La reine pourrait être poudrée sans que les deux jeunes filles le fussent; elles ne le seront pas, si la reine n'est pas poudrée.) Robes à traîne.
11 va de soi que la seule chaussure possible est le soulier découvert.
Cendrillon sera coiffée à la mode du temps, mais sans poudre. Elle aura trois costumes. J'en suis bien fâché, mais cela est obligatoire. Costume gris tout simple, au premier et au troisième actes; costume de bal, éblouissant de pierreries, au second; costume de mariée, au quatrième. Roses dans les cheveux, au second acte.
La robe de bal est à longue traîne. On sait que les pierres précieuses ne coûtent pas si cher que les naïfs se l'imaginent. Quant au soulier de verre, je me persuade qu'avec quelques paillettes d'argent il ne sera pas difficile à fabriquer '. La robe de la mariée est une robe courte. La fée se coiffera et s'habillera comme elle voudra, pourvu que ce soit joli et sente un peu l'époque. Le chaperon et la jupe (courte) doivent être rouges. Baguette mince et dorée.
A mon avis, si la coupe des vêtements garde quelque chose de rustique, l'étoffe doit néanmoins en être assez fine. C'est bien notre petit Chaperon rouge, mais devenu fée, et femme en même temps.
Les mères, les jeunes filles, sont des femmes du peuple; elles ne sont pas endimanchées. Cela n'empêche pas un brin de coquetterie, en ce ([ui concerne la jeunesse. Jupes courtes, s'il est possible, et petits souliers. Pas de bottines! J'aimerais encore mieux des pantoudes... Un bonnet, un fichu, un tablier, seront, faute de mieux, la signature du xvni" siècle -.
Les jeunes filles ont de seize ans à vingt-cinq ans; les mères ont passé la quarantaine.
1. A propos do ce soulier, je ferai observer à MM. les Érudits qu'un soulier de « Vair >> ou même de « Contre-Vair » n'aurait pour moi aucune espèce d'intérêt. Je suis trop peuple dans mes goûts pour renoncer à l'aljsurde et charmant soulier de « verre » que, par une lieureuse bévue, la Tradition nous a donné.
2. Toutes les mères pourraient avoir des bonnets; quelques jeunes filles en auraient aussi, mais d'une coupe plus coquette; les autres seraient en cheveux. Deux ou trois jolis chapeaux de paille à la mode du temps ne seraient pas désagréables.
Inutile de spécifier (ju'il est au moins aussi facile de se vieillir que de se rajeunir. Le crayon bleu, praveur de rides, un peu d(! ])(Hi(lre sur les cheveux, la coui)e du bonnet, le talent des actrices et la complaisance des spectateurs y pourvoiront suthsauunent '.
DÉCOR
Il a été suffisamment décrit au commencement des actes. On fera ce (jue l'on pourra. Ici on aura des toiles de fond et des coulisses; là, de simples toiles de fond; ailleurs, on se contentera du mobilier, j'entends les sièges indispensables, la table à ouvrage de Gendrillon, l'estrade au quatrième acte. 11 serait pourtant fâcheux de n'avoir pas même un simulacre de cheminée.
Comme le décor représente, au premier et au troisième acte, le petit salon des jeunes filles, et au second acte un petit salon chez le roi, on pourrait, avec quelques changements vile faits, utiliser à deux fins le même décor. 11 faudrait, au premier entr'acte, enlever la table à ouvrage, dissimuler la porte du fond et la cheminée. Le sofa et les plantes achèveraient de dépayser le spectateur.
Pour la place publique, on se servira de n'importe quel modèle, pourvu qu'il ait un peu de caractère et qu'il ne paraisse ni trop ancien, ni trop moderne.