‹ Théâtre pour les jeunes fillesChapitre 43 sur 203 · SCÈNE I JEANNE, HAUVIETTE, MENGETTE · texte numérisé non relu

SCÈNE I JEANNE, HAUVIETTE, MENGETTE

HAUVIETTE, avec un accent de triomphe.

Avant toi!

(Mengette se retourne vivement et aperçoit Jeanne.) MENGETTE.

Sans avoir couru.

IIAUVIETTE, souriant.

Non, presque pas.

JEANNE, d'une voix calme et douce.

Chère Mauviette, je suis venue à petits pas,

Tout en cueillant des fleurs ; et j'ai fait deux couronnes.

(Elle montre à ses amies deux couronnes de fleurs.) MENGETTE, curieuse.

C'est pour le Hêtre?

JEANNE, souriant.

Non.

MENGETTE

Alors, tu nous les donnes?

JEANNE

Volontiers.

HAUVIETTE

Mieux vaudrait les garder pour le jeu.

(Jeanne remet les deux couronnes à Hauviette,'qui les pose sur une grosse pierre placée au fond du théâtre.)

MENGETTE, tout à coup plus sérieuse.

Hein! Jeanne, quel bonheur!

JE.\NNE, gravement.

Oui, remercions Dieu.

HAUVIETTE '

Le bétail du village enlevé dans une heure

Par ces larrons, amis des Anglais, — ah! je pleure

En y pensant, vois-tu, comme sur le moment.

(Elle se détourne en essuyant une larme.) MENGETTE, avec vivacité.

La Dame de chez nous est bonne, heureusement. Le Comte son cousin, bien vite, à sa demande, Lança de braves gens contre le chef de bande.

HAUVIETTE

Quelle chance, pourtant, qu'on ait pu retrouver Tout ce qu'il avait pris!

JEANNE, pensive.

C'est vrai ; je crois rêver.

1. Jeanne, qui était à gauche, s'est rapprochée de Mengette pendant qu'IIauvicllo allait au fond; en revenant, celle-ci so place à gaucho, et Jeanne se trouve au milieu.

LA PREMIERE VISION DE JEANNE D ARC a .

MENGETTE, vivement, à llauviette.

Tu sais, l'homme du Comte a plus d'une blessure.

HAUVIETTE, de môme, à Mengette.

Oui; mais il a tué l'autre chef. J'en suis sûre.

MENGETTE

Tant pis pour le voleur.

JEANNE, avec douceur.

Ne disons rien des morts.

MENfiETTE, très animée.

Jeanne, tout le village est dans la joie : alors On va bien s'amuser, dis"?

JEANNE, afTectueusement.

Oui, chère petite.

(Mengette regarde vers l'entrée de gaucho au fond de la scène, comme si elle attendait quelqu'un ; puis elle se retourne vers Jeanne.)

MENGETTE

Les autres devraient bien venir un peu plus vite.

JEANNE

Tiens, en les attendant, assieds-loi.

(Elles s'asseoient toutes les trois, Hauviette à gauche, Mengette à droite, Jeanne au milieu et un peu en arrière '.)

Je voudrais Vous dire...

MENGETTE, vivement.

Un conte?

JEANNE

Non.

MENGETTE, curieuse.

Peut-être... des secrets?

JEANNE, avec une ardeur contenue.

Une grande nouvelle. Ah! j'en suis bien joyeuse. Mon cœur bat d'y penser.

HAUVIETTE

Tu me rends curieuse.

JEANNE

Nous parlons quelquefois, durant les soirs d'hiver, De l'illustre Abbaye au Péril de la Mer.

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