‹ Théâtre. Préfaces et notes de M. MornetChapitre 121 sur 133 · CL-iTEMNESTRE · texte numérisé non relu

CL-iTEMNESTRE

Vous ne démentez pas une race funeste.

Oui, vous êtes le sang d'Atrée et de Thyeste. Bourreau de votre fille, il ne vous reste enfin Que d'en faire à sa mère un horrible festin (5). Barbare! c'est donc là cet heureux sacrifice Que vos soins préparoient avec tant d'artifice? Quoi? l'horreur de souscrire à cet ordre inhumain N'a pas, en le traçant, arrêté votre main ? Pourquoi feindre à nos yeux une fausse tristesse? Pensez-vous par des pleurs prouver votre tendresse ?

(i) Ot» pour auquel. Construction souvent signalée et usuelle au xvii» siècle.

(2) S'assurer sur avec le sens de chercher sa sûreté dans est fréquent au xvn« siècle.

(3) A peine = avec peine, sens fréquent au xvii» siècle.

(4) Rotrou avait déjà écrit :

Va, j'attends plus que toi le coup de ton trépas. Et ce coup sera pire à qui n'en mourra pas.

(5) Allusion au festin d'Atrée.

RACINE ' '

Où sont-ils ces combats que vous avez rendus (1) ?

Quels flots de sang pour elle avez-vous répandus ?

Quel débris (2) parle ici de votre résistance ?

Quel champ couvert de morts me condamne au silence ?

Voilà par quels témoins (3) il falloit me prouver,

Cruel, que votre amour a voulu la sauver.

Un oracle fatal ordonne qu'elle expire.

Un oracle dit-il tout ce qu'il semble dire ?

Le ciel, le juste ciel, par le meurtre honoré,

Du sang de l'innocence est-il donc altéré?

Si du crime d'Hélène on punit sa famille,

Faites chercher à Sparte Hermione sa fille :

Laissez à Ménélas racheter d'un tel prix

Sa coupable moitié dont il est trop épris (4).

Mais vous, quelles fureurs vous rendent sa victime?

Pourquoi vous imposer la peine de son crime?

Pourquoi moi-même enfin me déchirant le flanc.

Payer sa folle amour (5) du plus pur de mon sang?

Que dis- je ? Cet objet de tant de jalousie.

Cette Hélène, qui trouble et l'Europe et l'Asie

Vous semble-t-elle un prix digne de vos exploits ?

Combien nos fronts pour elle ont-ils rougi de fois'

Avant qu'un nœud fatal l'unît à votre frère,

Thésée avoit osé l'enlever à son père.

Vous savez, et Calchas mille fois vous l'a dit,

Qu'un hymen clandestin mit ce prince en son lit,

Et qu'il en eut pour gage une jeune princesse (6)

Que sa mère a cachée au reste de la Grèce.

Mais non : l'amour d'un frère et son honneur blessé

Sont les moindres des soins dont vous êtes pressé.

Cette soif de régner, que rien ne peut éteindre.

L'orgueil de voir vingt rois vous servir et vous craindre,

Tous les droits de l'empire en vos mains confiés,

Cruel, c'est à ces dieux que vous sacrifiez (7),

(I) Rendre un combat pour livrer un combat est fréquent au xvii» siècle. <2) Débris au singulier avec le sens de ru»»es est d'usage courant à cette date.

(3) Témoins = témoignaf^es Sens alors usuel.

(4) La même idée est dans Euripide.

(5) Amour à cette datcétait encore, au singulier, des deux genres, mais le masculin tendait déjà à l'emporter.

(6) Sur cette jeune princesse voir la Préface de Racine.

(7) Ménélas dans Vlphigénie de Rotrou adresse à Agamemnon les mômes reproches.

=^========= IPHIGÉNIE

Et loin de repousser le coup qu'on vous prépare,

Vous voulez vous en faire un mérite barbare.

Trop jaloux d'un pouvoir qu'on peut vous envier,

De votre propre sang vous courez le payer,

Et voulez par ce prix épouvanter l'audace

De quiconque vous peut disputer votre place.

Est-ce donc être père? Ah! toute ma raison

Cède à la cruauté de cette trahison.

Un prêtre, environné d'une foule cruelle,

Portera sur ma fille une main criminelle,

Déchirera son sein et d'un œil curieux

Dans son cœur palpitant consultera les Dieux (1),

Et moi, qui l'amenai triomphante, adorée.

Je m'en retournerai seule et désespérée!

Je verrai les chemins encor tout parfumés

Des fleurs dont sous ses pas on les avoit semés!

Non, je ne l'aurai point amenée au supplice,

Ou vous ferez aux Grecs un double sacrifice.

Ni crainte ni respect ne m'en peut détacher.

De mes bras tout sanglants il faudra l'arracher.

Aussi barbare époux qu'impitoyable père,

Venez, si vous l'osez, la ravir à sa mère.

Et vous, rentrez, ma fille, et du moins à mes lois

Obéissez cncor pour la dernière fois.

SCÈNE V AGAMEMNON, seul A de moindres fureurs je n'ai pas dû (2) m'attcndre. Voilà, voilà les cris que je craignois d'entendre : Heureux si dans le trouble ou flottent mes esprits, Je n'avois toutefois à craindre que ses cris ! Hélas! en m'imposant une loi si sévère, Grands Dieux, me deviez -vous laisser un cœur de père?

(1) On se rappelle qu'en effet les anciens prétendaient lire l'avenir dans les entrailles des victimes. Mais Diane, dans la légende, réclame une victime, sans qu'il soit nécessaire de supposer une pareille barbarie.

(2) Je n'ai pas dA = je n'aurais pas dû. Celte construction déjà signalée Cit un latinisme fréquent au xvii* siècle.

RACINE =: ■

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