SCÈNE VIII
AGAMEMNON, EURYB.\TE, Gardes
EURYBATE
Seigneur.
Que vais-je faire?
Puis-je leur prononcer cet ordre sanguinaire ? Cruel! à quel combat faut -il te préparer? Quel est cet ennemi que tu leur vas livrer? Une mère m'attend, une mère intrépide, Qui défendra son sang contre un père homicide. Je verrai mes soldats, moins barbares que moi, Respecter dans ses bras la fille de leur roi. Achille nous menace. Achille nous méprise ; Mais ma fille en est-elle à mes lois moins soumise ? Ma fille, de l'autel cherchant à s'échapper, Gémit-elle du coup dont je la veux frapper ?
(1) Entendre a couramment au xvu» siècle le sens de comprendre.
(2) Intéressée, c'cst-i-dire intéressée au sacrifice de ma fille.
RACINE. T. II. iS
RACINE
Que dis-je? que prétend mon sacrilège zèle?
Quels vœux, en l'immolant, fonnerai-je sur elle (1) ?
Quelques prix glorieux qui me soient proposés,
Quels lauriers me plairont de son sang arrosés ?
Je veux fléchir des Dieux la puissance suprême?
Ah! quels dieux me seroient plus cruels que moi-même
Non, je ne puis. Cédons au sang, à l'amitié,
Et ne rougissons plus d'une juste pitié.
Qu'elle vive. Mais quoi ? peu jaloux de ma gloire,
Dois-je au superbe Achille accorder la victoire?
Son téméraire orgueil, que je vais redoubler.
Croira que je lui cède, et qu'il m'a fait trembler.,..
De quel frivole soin mon esprit s'embarrasse !
Ne puis-je pas d'Achille humilier l'audace?
Que ma fille à ses yeux soit un sujet d'ennui.
Il l'aime : elle vivra pour un autre que lui.
Eurybate, appelez la princesse, la Reine.
Qu'elles ne craignent point,